(AfriquesPlus) - Une loi de trois mots dans l'histoire de France, mais aux conséquences lourdes. Le 20 mai 1802 (30 floréal an X), le régime consulaire proclame le rétablissement de l'esclavage, aboli en 1794 par le décret de Pluviôse. Dans un article publié le 11 juin 2018 sur RetroNews, le site de presse ancienne de la BnF, la journaliste Marina Bellot rappelle comment cette décision a été prise.
Selon elle, Napoléon Bonaparte, convaincu de la supériorité des Blancs comme la plupart de ses contemporains, n'était pas pour autant un fervent partisan de l'esclavage. Elle cite un propos que lui prête le mémorialiste Antoine Claire Thibaudeau : « Je suis pour les blancs, parce que je suis blanc. » Ce sont d'abord les circonstances qui l'auraient décidé. La Martinique, où les planteurs avaient gardé leurs esclaves sous l'occupation britannique, vient d'être restituée à la France par la paix d'Amiens, et le maintien de l'esclavage y apparaît comme un gage de bonnes relations avec l'Angleterre. À Saint-Domingue, l'actuelle Haïti, Toussaint Louverture a chassé les Anglais en 1798 et aboli l'esclavage, avec des velléités d'indépendance qui inquiètent Paris.
Le Premier consul charge Cambacérès de préparer le texte, qui passe par le Conseil d'État, le corps législatif, le Tribunat et le Sénat. Devant le Tribunat, le rapporteur invoque le devoir et l'utilité plutôt que la morale, en jugeant que l'institution, malgré l'horreur qu'elle inspire, serait nécessaire aux colonies. Le pouvoir cherche ainsi à écarter toute justification idéologique.
Les effets se font vite sentir. Marina Bellot rappelle que l'armée française engagée à Saint-Domingue capitule le 18 novembre 1803 devant les troupes formées par d'anciens esclaves, ce qui donne naissance à Haïti, premier État noir indépendant. La France n'abolira définitivement l'esclavage dans toutes ses colonies que le 27 avril 1848, plus de quarante ans plus tard.