(AfriquesPlus) - L’administration américaine donne-t-elle aujourd’hui une image plus approximative de l’Afrique ? C’est la question posée par Frenny Jowi, dans une analyse publiée le 18 septembre 2026 par The Kenyan Wall Street. Le journaliste estime que le recul de l’expertise africaine au sein de l’administration américaine se traduit désormais par des erreurs symboliques, mais aussi par des difficultés plus profondes dans la manière dont Washington appréhende ses relations avec le continent.
L’auteur part d’un constat plus large : l’influence américaine est très présente dans la vie quotidienne de nombreux Africains, notamment à travers le cinéma, la musique, la mode et la culture populaire. Il s’interroge toutefois sur l’existence d’une influence réciproque comparable aux États-Unis. Pour lui, cette asymétrie culturelle contraste avec la place croissante de l’Afrique dans les enjeux économiques et géopolitiques mondiaux.
L’un des exemples mis en avant concerne la représentation cartographique du continent. Frenny Jowi revient sur une résolution portée par le Togo à l’Assemblée générale des Nations unies visant à promouvoir une projection cartographique donnant une représentation plus fidèle des superficies africaines. Selon l’article, la résolution a été adoptée par 164 voix contre une, les États-Unis étant le seul pays à voter contre. L’auteur considère ce vote comme révélateur d’un rapport encore problématique à la représentation de l’Afrique, même si son interprétation relève de son analyse personnelle.
Il rappelle ensuite plusieurs moments qui ont, à ses yeux, symbolisé une relation différente entre Washington et le continent. En 2012, alors journaliste à la BBC, il avait couvert la campagne de Barack Obama en s’interrogeant sur la dimension particulière de ses liens familiaux avec le Kenya. Trois ans plus tard, il a également couvert la visite d’Obama au Kenya et en Éthiopie, présentée comme un moment important dans les relations entre les États-Unis et l’Afrique, notamment parce qu’il s’agissait de la première visite d’un président américain en exercice au Kenya et de son premier discours devant l’Union africaine.
Pour Jowi, la situation a changé sous le second mandat de Donald Trump. Il décrit une administration qui accorde davantage de place aux considérations commerciales et géopolitiques et qui aurait réduit la présence des spécialistes de l’Afrique au sein de l’appareil diplomatique américain. L’auteur reconnaît cependant que certains Africains, notamment parmi les jeunes générations, peuvent voir dans l’approche « commerce plutôt qu’aide » une possibilité de sortir d’une relation fondée sur la dépendance et de privilégier davantage les échanges économiques.
L’auteur cite ensuite plusieurs exemples pour illustrer ce qu’il considère comme les conséquences de cette perte d’expertise. Il revient notamment sur une erreur commise lors d’une conférence internationale sur le VIH au Brésil, au cours de laquelle le département d’État américain aurait présenté une carte identifiant incorrectement plusieurs pays africains, dont le Nigeria et la Côte d’Ivoire. Selon l’explication donnée par les autorités américaines, une modification précipitée du document par un membre junior de l’équipe serait à l’origine de l’erreur. Pour Jowi, cet épisode traduit toutefois un problème institutionnel plus large : celui d’une expertise africaine moins présente dans les structures diplomatiques américaines.
L’analyse s’attarde enfin sur la République démocratique du Congo, devenue selon l’auteur un terrain central de la nouvelle politique américaine en Afrique. Frenny Jowi revient sur les accords conclus entre Washington, Kinshasa et Kigali et sur le rapprochement économique autour des ressources minières stratégiques de la RDC. Il reconnaît que cette diplomatie américaine peut produire des résultats visibles en matière de commerce, de négociation et de positionnement géopolitique. Mais il souligne que la mise en œuvre des accords de paix reste confrontée à la persistance des violences dans l’est du pays, aux déplacements de population, à la fragilité des institutions et à l’instabilité du secteur minier.
L’auteur insiste également sur une dimension qu’il estime insuffisamment prise en compte : la question de la mémoire des violences et de la justice. Il considère que la reconstruction durable de la RDC ne peut être dissociée de la reconnaissance des atrocités commises au cours des dernières décennies et de la question de la responsabilité des auteurs de ces crimes. Il estime que cette dimension faisait traditionnellement partie du travail des diplomates américains spécialisés dans les conflits et les questions africaines.
En conclusion, Frenny Jowi considère que la politique africaine de Washington ne peut pas reposer uniquement sur les investissements, les accords commerciaux ou les négociations au plus haut niveau. Selon lui, une relation durable avec les pays africains suppose également de préserver une expertise diplomatique de terrain, une connaissance historique des sociétés et des conflits, ainsi qu’un engagement institutionnel continu. Son analyse défend ainsi l’idée que la diplomatie économique américaine gagnerait à être accompagnée d’une connaissance plus fine des réalités africaines.