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En Tunisie, la colère sociale monte sans mobilisation de masse
Pénuries d’eau, coupures d’électricité, difficultés d’approvisionnement et tensions économiques alimentent la grogne en Tunisie. Mais malgré une multiplication des mouvements sociaux, cette colère reste dispersée et peine à se transformer en mobilisation
 

(AfriquesPlus) - La Tunisie traverse une rentrée sociale tendue, marquée par les pénuries d’eau, les coupures d’électricité et les difficultés économiques, sans pour autant voir émerger une mobilisation nationale de grande ampleur. Dans un article publié le 18 septembre 2026 par L’Orient-Le Jour, la journaliste Lilia Blaise décrit une population confrontée à l’accumulation des crises, mais dont la colère peine encore à se transformer en mouvement collectif durable.

La pénurie d’eau embouteillée survenue durant l’été a constitué l’un des symptômes les plus visibles de cette situation. Les fortes chaleurs ont fait augmenter la demande tandis que les coupures d’électricité ont perturbé la production. Dans plusieurs villes, les habitants ont dû faire la queue devant les commerces ou attendre les livraisons. À Nabeul, certains ont ressorti des pratiques anciennes, comme le recours aux puits et aux citernes pour récupérer de l’eau de pluie. La situation s’est progressivement améliorée avec la baisse des températures, mais elle a laissé derrière elle un sentiment d’inquiétude et la crainte de nouvelles pénuries.

La crise énergétique a aggravé ces difficultés. En période de forte consommation, les perturbations du réseau électrique ont entraîné des coupures répétées, parfois pendant de longues heures. L’article souligne leurs conséquences sur plusieurs secteurs, notamment l’élevage avicole, où l’arrêt des ventilateurs et les difficultés à faire fonctionner les générateurs ont provoqué d’importantes pertes. Le tourisme a également été affecté par les témoignages négatifs de visiteurs confrontés aux problèmes d’eau et d’électricité. Le nombre de décès liés à la canicule reste par ailleurs officiellement inconnu, même si l’ordre des jeunes médecins a évoqué une estimation comprise entre 150 et 200 morts.

Malgré cette accumulation de difficultés, la contestation reste limitée dans son ampleur nationale. Selon les données du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux citées par Lilia Blaise, 1 101 mouvements sociaux ont été recensés en juillet, dont 61 % étaient liés aux coupures d’eau et d’électricité. La colère existe donc bien, mais elle ne se traduit pas nécessairement par une mobilisation collective structurée. Le journaliste Bassem Bounneni estime ainsi que beaucoup de Tunisiens sont excédés par leur quotidien, tout en percevant l’incertitude politique et l’absence d’alternative comme des facteurs qui limitent leur capacité à se mobiliser.

Cette situation intervient dans un contexte politique déjà fragilisé depuis le tournant institutionnel engagé par le président Kaïs Saïed en 2021. L’article rappelle que les promesses non tenues et les difficultés économiques ont nourri une forme de lassitude. Les organisations de la société civile et les structures professionnelles tentent néanmoins de créer des espaces de dialogue. La Ligue tunisienne des droits de l’homme, l’Ordre des avocats et l’UGTT ont annoncé début septembre une coordination nationale destinée à discuter d’une sortie de crise. Mais cette initiative présente des limites, notamment parce qu’elle exclut les forces politiques et que l’attitude du pouvoir à l’égard du dialogue social demeure un obstacle, selon Bassem Bounneni.

Le rôle de l’UGTT reste également incertain. La centrale syndicale n’a pas annoncé de grève générale, alors que celle envisagée en janvier 2026 avait été reportée dans un contexte de tensions internes. Une grève dans le secteur des carburants est toutefois annoncée pour les 23 et 24 septembre, tandis que les difficultés d’approvisionnement en lait pourraient réapparaître à l’automne.

Pour Houssem Saad, membre de l’ONG Alert, le phénomène dépasse cependant la seule question de la contestation politique. Il estime que les Tunisiens développent avant tout des stratégies individuelles pour faire face à une succession de crises. Cette adaptation quotidienne, présentée dans l’article comme une forme de « politique de survie individuelle », réduit la capacité à construire une réponse collective et durable.

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