(AfriquesPlus) - La Bolivie et le Paraguay ont achevé le tracé de leur frontière commune, 88 ans après la signature du traité qui avait mis fin à la Guerre du Chaco. Le dernier tronçon, situé sur le Río Negro ou Otuquis, a été défini à La Paz grâce à des relevés hydrographiques, des données géodésiques et des drones de haute précision.
Il aura fallu près de neuf décennies pour que la frontière entre la Bolivie et le Paraguay soit entièrement matérialisée. Réunis à La Paz du 14 au 16 septembre 2026, les membres de la Commission mixte demarcadora de limites boliviano-paraguayenne ont approuvé le tracé du dernier secteur encore en suspens. L’annonce a été faite le 16 septembre par les deux chancelleries. Le processus, engagé après la Guerre du Chaco, s’achève ainsi 88 ans après les premiers travaux de démarcation.
Le dernier secteur concerné se trouve entre le Hito X, dit « 12 de Junio », et le Hito XI, situé à la confluence du Río Negro ou Otuquis et du río Paraguay, à la frontière avec le Brésil. Il s’agissait du dernier segment dont le tracé devait encore être définitivement établi. Sur cette partie fluviale, les équipes ont retenu la méthode du talweg, qui consiste à suivre la ligne correspondant aux plus grandes profondeurs du cours d’eau.
La difficulté était autant géographique que technique. Le secteur traverse une zone du Pantanal particulièrement difficile d’accès, où les conditions climatiques compliquent les opérations de terrain. Les travaux ont donc combiné des études hydrographiques et bathymétriques, des relevés effectués sur le terrain et des données recueillies par drones. Selon la chancellerie bolivienne, 46,5 kilomètres avaient déjà été déterminés en 2025. Les 3,5 derniers kilomètres ont été réglés lors de la réunion de septembre à La Paz.
Cette conclusion trouve son origine dans un conflit beaucoup plus ancien. Entre 1932 et 1935, la Bolivie et le Paraguay se sont affrontés lors de la Guerre du Chaco, pour le contrôle du Chaco Boreal. Le conflit, particulièrement meurtrier, a fait plusieurs dizaines de milliers de morts. Les deux pays ont finalement signé, le 21 juillet 1938 à Buenos Aires, un Traité de paix, d’amitié et de limites. Un laudo arbitral, rendu le 10 octobre de la même année, a ensuite fixé la ligne divisant les territoires.
Le traité n’a cependant pas suffi à faire apparaître immédiatement une frontière précise sur le terrain. Une commission mixte a été chargée de transformer la ligne juridique en une frontière matérialisée. Ses équipes ont dû parcourir pendant des décennies des espaces vastes et difficiles d’accès, établir les coordonnées géographiques, ouvrir des pistes frontalières et installer des bornes. La ligne a été structurée autour de onze principaux points, du Hito I, situé au tripoint entre l’Argentine, la Bolivie et le Paraguay, jusqu’au Hito XI, au tripoint avec le Brésil.
Le processus a connu une nouvelle étape en 2009, avec le Mémorandum final et le protocole additionnel au traité de 1938. Les travaux techniques ont alors été poursuivis par les deux pays avec l’appui du cadre diplomatique établi autour du règlement de la frontière. Les coordonnées des principaux repères ont notamment été actualisées et rattachées à des systèmes géodésiques modernes. La Bolivie indique également que 79 bornes de second ordre avaient été construites jusqu’en 2023 et que plus de 700 kilomètres de piste frontalière avaient été ouverts sur les secteurs terrestres.
La fin du processus possède donc une portée qui dépasse la seule question cartographique. Pour les autorités boliviennes, cette frontière désormais entièrement définie doit faciliter la coopération dans une région où les déplacements sont difficiles et où les deux pays sont confrontés à des risques environnementaux. Le vice-ministre bolivien des Affaires étrangères, Carlos Paz, a notamment souligné que les infrastructures réalisées pour la démarcation peuvent également faciliter l’intervention lors d’urgences, notamment les incendies dans la région du Pantanal.
Le Paraguay insiste de son côté sur la dimension diplomatique de cette conclusion. Sa chancellerie présente l’achèvement de la démarcation comme l’aboutissement d’un processus commencé au lendemain de la guerre et poursuivi par plusieurs générations de diplomates, géodètes, topographes et ingénieurs. Pour Asunción, la frontière désormais enregistrée dans son intégralité constitue aussi un nouvel outil pour approfondir les relations de bon voisinage et la coopération avec la Bolivie.
Une précision mérite toutefois d’être apportée sur les chiffres. Les deux chancelleries ne donnent pas exactement la même longueur totale de la frontière. Le ministère paraguayen des Affaires étrangères retient une longueur d’environ 742 kilomètres, dont 704 kilomètres terrestres et 38 kilomètres fluviaux. La chancellerie bolivienne évoque pour sa part 755,67 kilomètres. Cette différence apparaît dans les communications officielles et peut tenir aux méthodes de mesure et de représentation du tracé, notamment dans les secteurs fluviaux. Le chiffre de 742 kilomètres est celui repris par plusieurs sources paraguayennes et par l’agence EFE.
Au-delà de ces différences de mesure, l'événement marque surtout la fin d'une longue séquence née d'une guerre. En 1938, les deux États avaient mis fin au conflit par le droit et la diplomatie. En 2026, ils achèvent, par la coopération technique, la matérialisation de la frontière issue de ces accords. Près de neuf décennies auront été nécessaires pour transformer une ligne définie sur le papier en une frontière entièrement identifiée sur le terrain.