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Otis Boykin, le génie noir dont les inventions battent au cœur de l'électronique moderne
L'ingénieur afro-américain a laissé une empreinte immense sur la technologie mondiale, sans jamais devenir un nom familier. Il a fallu attendre 2014 pour que les États-Unis l'honorent
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=6Hs-Iv57UDI

(AfriquesPlus) - Chaque fois qu'un cœur bat au rythme d'un stimulateur cardiaque, c'est un peu du travail d'Otis Boykin qui s'exprime. La rubrique « Les Immortels », signée Princesse Aset pour Afo Media, consacre un épisode à cet inventeur afro-américain, dont l'œuvre est présente dans une multitude d'appareils, alors que son nom, souligne la journaliste, reste presque absent de la mémoire collective.

Otis Boykin naît le 29 août 1920 à Dallas, au Texas, dans une famille modeste, en pleine ségrégation raciale. Selon Princesse Aset, sa mère meurt d'insuffisance cardiaque alors qu'il n'a qu'un an. Très tôt, l'enfant se passionne pour les sciences et les mécanismes : radios, circuits et objets électriques, qu'il démonte pour les comprendre.

Face à une société qui limite les rêves des Afro-Américains, il choisit l'excellence scolaire. En 1938, il sort major de sa promotion au lycée Booker T. Washington, ce qui lui vaut une bourse pour l'université Fisk de Nashville. Il y étudie la physique et la chimie, tout en travaillant comme assistant au laboratoire aérospatial de l'établissement. Il est diplômé en 1941 et s'installe à Chicago.

La Seconde Guerre mondiale rend l'électronique stratégique. Boykin devient contremaître chez Majestic Radio and TV Corporation, où il teste des unités de contrôle de pilotes automatiques destinées aux avions, puis ingénieur chercheur dans les laboratoires P.J. Nilsen. Il y repère un défi majeur : la stabilité du courant électrique dans des systèmes de plus en plus miniaturisés.

En 1946, il s'inscrit à l'Institut de technologie de l'Illinois, mais doit partir un an plus tard, faute de pouvoir payer les frais de scolarité. Ce revers le pousse à poursuivre ses recherches en indépendant, au sein de sa propre société. Il se concentre alors sur les résistances électriques, composants qui contrôlent et régulent le courant, protègent les circuits et garantissent le bon fonctionnement des appareils. Or, dans les années 1950, ces pièces sont fragiles, imprécises, sensibles à la chaleur et aux vibrations, alors que les appareils deviennent plus petits et plus puissants.

Deux brevets qui changent l'électronique

En 1959, Boykin obtient son premier brevet majeur : la résistance à fil de précision. Son principe consiste à enrouler un fil résistant de façon à obtenir une valeur électrique extrêmement précise. Le composant gagne en stabilité et supporte mieux les variations de température, ce qui permet de concevoir des circuits plus complexes tout en les gardant fiables.

En 1961, il met au point une résistance dite « indestructible », capable de résister à des pressions très élevées et à de fortes accélérations. L'industrie s'en empare massivement, l'armée américaine en tête : l'invention équipe des missiles guidés, des équipements aéronautiques et des appareils volant aux frontières de l'espace. Elle profite aussi au grand public, puisque radios, téléviseurs et surtout ordinateurs deviennent plus fiables, moins chers et plus accessibles. IBM commande des milliers de ces composants pour ses machines, et la résistance de Boykin devient, selon la rubrique, un standard mondial.

En 1964, l'inventeur s'attaque à la médecine avec l'unité de contrôle du stimulateur cardiaque implantable, sa technologie la plus influente. Le dispositif délivre une impulsion électrique constante pour stimuler le cœur des patients aux battements irréguliers. Le travail de Boykin rend les pacemakers plus efficaces, plus durables et moins coûteux à fabriquer, donc plus petits, plus sûrs et plus accessibles. Princesse Aset rappelle le lien avec son histoire personnelle : sa mère était morte d'insuffisance cardiaque.

Au cours de sa vie, il dépose plus de 25 brevets dans l'informatique, la défense et la médecine, de la caisse enregistreuse anti-effraction au filtre à air chimique. Devenu consultant indépendant pour des entreprises américaines et européennes, il voit son nom figurer sur les brevets, mais rarement dans les journaux.

Otis Boykin meurt subitement à Chicago le 1er mars 1982, à 61 ans, d'une insuffisance cardiaque, comme sa mère. Ce n'est qu'en 2014, trente-deux ans plus tard, qu'il est intronisé au National Inventors Hall of Fame, qui réunit les grands inventeurs historiques et contemporains des États-Unis.

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