(AfriquesPlus) - Six millions et demi d'habitants, une superficie comparable à celle de l'Angleterre ou de la Grèce, un président, un parlement, un drapeau et même une monnaie propre. Et pourtant, sur la carte du droit international, ce territoire de la Corne de l'Afrique n'existe pas. Seul Israël a officiellement reconnu la République autoproclamée du Somaliland depuis sa séparation d'avec la Somalie en 1991.
Une équipe de journalistes de TF1 a réussi à pénétrer dans ce pays que l'on ne visite quasiment jamais, franchissant la frontière avec l'Éthiopie marquée par... une simple corde tendue au sol. Sur place, direction Hargeisa, la capitale, accessible par une unique route goudronnée : au-delà, le bitume laisse place à la piste.
À Hargeisa se tient chaque matin le plus grand marché aux bestiaux de toute la Corne de l'Afrique. Le chameau y occupe une place centrale, à la fois moyen de subsistance et symbole national ; il figure sur les billets de la monnaie locale, le shilling somalilandais.
Mais cette économie pastorale vacille. Le pays subit une sécheresse extrême et récurrente qui décime les troupeaux et assèche les cours d'eau. Dans les villages nomades reculés, des éleveurs ayant perdu l'essentiel de leur cheptel voient leurs enfants sombrer dans la malnutrition sévère. Certaines mères parcourent plusieurs centaines de kilomètres pour rallier les centres de nutrition de l'UNICEF, qui reçoivent une aide internationale jugée très insuffisante au regard de l'ampleur des besoins.
Un port stratégique, convoité par les puissances régionales
Autre visage du pays : le port de Berbera, flambant neuf, où transitent des cargaisons entières en provenance d'Égypte. Son exploitation est assurée par les Émirats arabes unis, qui ont fait de cette infrastructure un point d'ancrage stratégique sur le golfe d'Aden, à proximité immédiate du détroit de Bab-el-Mandeb, l'un des couloirs maritimes les plus fréquentés au monde, par lequel passent la quasi-totalité des marchandises reliant la Chine à l'Europe.
Cette position en fait aussi une zone à haut risque sécuritaire. Les garde-côtes somalilandais y traquent pirates somaliens et menaces venues du Yémen, situé à seulement quatre heures de navigation, où les rebelles houthis, soutenus par l'Iran, multiplient les attaques contre les navires. Non loin du port, une base militaire tenue secrète, construite par les Émirats, serait par ailleurs déjà utilisée par Israël pour observer les rapports de force régionaux.
Le sous-sol somalilandais recèle également des ressources encore peu exploitées. Dans les montagnes, des prospecteurs artisanaux extraient de l'or à la main, avec l'espoir de faire du pays une destination minière attractive dans les années à venir.
Enfin, le territoire abrite l'un des plus anciens témoignages artistiques du continent : les grottes de Las Geel, où des peintures rupestres vieilles de 7 000 ans représentent des scènes de vie pastorale. Découvert par des archéologues français il y a près de 24 ans, ce site demeure quasiment inconnu des voyageurs, veillé au quotidien par un unique gardien local.
Malgré ses paradoxes — démocratie stable cernée par des zones de conflit, richesses naturelles inexploitées, absence de reconnaissance internationale — le Somaliland continue ainsi d'attiser les convoitises géopolitiques et économiques, trois décennies après avoir proclamé, seul, son indépendance.