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Course à l’IA, Thomas Friedman plaide pour des garde-fous entre Washington et Pékin
Le chroniqueur du New York Times estime qu’un dialogue entre les deux grandes puissances technologiques est nécessaire pour prévenir des risques pouvant toucher les infrastructures, la cybersécurité, la finance ou encore la sécurité biologique.
 

(AfriquesPlus) - L’intelligence artificielle progresse à une vitesse qui, selon le chroniqueur du New York Times Thomas L. Friedman, dépasse les capacités actuelles des États à en encadrer les risques. Dans une tribune publiée le 22 septembre 2026, il appelle les États-Unis et la Chine à renforcer leur coopération pour prévenir les dérives potentiellement catastrophiques de systèmes d’IA de plus en plus autonomes.

Dans cette tribune intitulée « It’s Time to Cry Wolf Over A.I. », Thomas L. Friedman revient sur les leçons tirées de plusieurs crises majeures, notamment les attentats du 11 septembre 2001 et la pandémie de Covid-19. Il estime que ces événements ont révélé une même faiblesse : l’incapacité à imaginer suffisamment tôt des scénarios pourtant susceptibles de bouleverser profondément les sociétés.

Appliquée à l’intelligence artificielle, cette « failure of imagination » pourrait, selon lui, conduire à sous-estimer les conséquences de systèmes dont les capacités sont encore mal comprises. Friedman affirme que les grandes entreprises américaines et chinoises du secteur ne mesurent peut-être pas elles-mêmes pleinement la puissance et la portée des modèles qu’elles développent.

Le chroniqueur pointe également la difficulté d’instaurer une gouvernance internationale de l’IA dans un contexte de rivalité stratégique entre Washington et Pékin. Il estime que les enjeux économiques, militaires et technologiques, combinés au faible niveau de confiance entre les deux puissances, compliquent la mise en place d’une coopération destinée à prévenir les risques les plus graves.

Friedman propose notamment que les États-Unis et la Chine commencent par coopérer pour protéger les infrastructures critiques, comme les réseaux électriques, les systèmes d’approvisionnement en eau et internet. Il souhaite également que les deux pays travaillent avec leurs entreprises technologiques à la définition de garde-fous communs, alors même qu’ils poursuivent leur compétition dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Pour l’auteur, l’enjeu consiste à tirer parti des avancées de l’IA tout en limitant ses effets potentiellement dévastateurs. Il cite notamment les perspectives ouvertes dans l’énergie, la biologie, les nouveaux matériaux et la découverte de médicaments, tout en soulignant que les risques associés à ces technologies sont eux aussi sans précédent.

La régulation occupe une place centrale dans son argumentation. S’appuyant notamment sur les propos d’Eric Beinhocker, directeur exécutif de l’Institute for New Economic Thinking à la Martin School de l’Université d’Oxford, Friedman conteste l’idée selon laquelle toute réglementation de l’IA serait nécessairement défavorable à l’innovation. Selon Beinhocker, des règles adaptées peuvent au contraire renforcer la confiance des consommateurs et favoriser le développement des marchés.

L’un des enjeux soulevés concerne aussi la responsabilité juridique des entreprises. Beinhocker estime qu’une entreprise développant un agent d’intelligence artificielle dont les actions causeraient des dommages devrait pouvoir être tenue responsable. Friedman relève à ce sujet la déclaration du secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, selon laquelle l’administration Trump ne prévoit pas d’accorder de « liability shield » aux dirigeants du secteur de l’IA.

La tribune s’intéresse par ailleurs à l’évolution des systèmes d’IA vers davantage d’autonomie. Beinhocker décrit cette évolution comme une forme de « Darwin in silicon », en référence à des capacités telles que l’auto-amélioration, l’auto-réplication et l’auto-préservation. Friedman estime que ces caractéristiques pourraient devenir particulièrement sensibles lorsque l’IA sera intégrée à des robots, des drones ou des véhicules.

Dans ce contexte, l’auteur plaide pour le maintien d’un contrôle humain sur ces systèmes tant que leur fonctionnement et leurs risques ne peuvent être suffisamment maîtrisés. Il estime également que la préparation des pouvoirs publics est essentielle, en rappelant la formule attribuée à l’ancien président américain Dwight Eisenhower : « Plans are worthless, but planning is everything. »

Thomas L. Friedman conclut en appelant à une réflexion collective avant qu’une catastrophe liée à l’IA ne contraigne les gouvernements à agir dans l’urgence. Son message est résumé par une formule volontairement alarmiste : « Wolf, wolf, wolf, wolf. » Pour le chroniqueur, mieux vaut donner l’alerte trop tôt et se tromper que découvrir trop tard que les garde-fous nécessaires n’ont pas été mis en place.

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