(AfriquesPlus) - Nommé le 3 juin 2026 chargé de mission du président Romuald Wadagni pour la culture, les médias et la visibilité internationale du Bénin, l'ancien animateur de « Couleurs Tropicales » sur RFI s'est confié sur les raisons de son engagement et sur les zones de tension qui accompagnent sa nouvelle fonction.
Interrogé sur ce qui l'a poussé à prendre la nationalité béninoise et à s'installer dans le pays, Claudy Siar évoque une démarche mûrie de longue date, appuyée par deux tests ADN confirmant que ses ancêtres avaient été déportés depuis cette région d'Afrique lors de la traite négrière. Il précise fréquenter le Bénin depuis 1991, ce qui rend, selon lui, ce retour presque naturel.
Face à l'idée qu'il aurait tourné le dos à la France, l'ancien animateur récuse toute opposition binaire. Guadeloupéen de naissance, il revendique une identité composite faite d'africanité, d'indianité et d'européanité, fruit de l'histoire violente des Antilles françaises. Mais c'est bien le Bénin, dit-il, qui « répare » certains traumatismes de cette histoire ; un sentiment qu'il dit partager avec de nombreux afrodescendants d'Amérique du Nord, du Sud et des Caraïbes ayant entrepris la même démarche de naturalisation.
Sur sa nomination, moquée par une caricature parue dans Jeune Afrique le liant ironiquement à l'activiste panafricaniste Kemi Seba, Claudy Siar balaie l'anecdote d'un sourire, assurant que le chef de l'État a « d'autres préoccupations ». Il rapporte que Romuald Wadagni lui a fixé une feuille de route claire : incarner un engagement total et audacieux au service de l'image du Bénin, en mettant notamment en avant les langues vernaculaires aux côtés du français, sans opposition entre les deux.
Il salue à ce titre l'héritage laissé par le président sortant Patrice Talon sur les questions mémorielles, éducatives et infrastructurelles, mais considère que la véritable victoire du Bénin aujourd'hui tient à l'évolution des mentalités et à la fierté nationale retrouvée ; une fierté qu'il dit désormais partager en tant qu'afrodescendant naturalisé. Il cite en exemple la gratuité de la scolarisation des filles, présentée comme l'une des mesures phares de la présidence Wadagni en matière d'équité.
Une indépendance revendiquée
L'entretien aborde également un sujet plus sensible : la démolition annoncée de maisons sur la route de Cotonou, où des habitations portent la mention « à détruire » et dont les occupants disposeraient de sept jours pour quitter les lieux : une opération qu'un opposant a comparée aux déguerpissements menés sous Patrice Talon. Claudy Siar reconnaît la difficulté de la situation pour les habitants concernés, mais établit un parallèle avec les grands travaux haussmanniens à Paris, qui avaient eux aussi suscité colère et incompréhension en leur temps. Pour lui, ces destructions, aussi douloureuses soient-elles, s'inscrivent dans une logique de désenclavement et de développement du pays, tout en reconnaissant que ces mécontentements peuvent être instrumentalisés politiquement.
Interrogé sur sa capacité à s'opposer publiquement à une décision présidentielle qu'il jugerait injuste, Claudy Siar affirme avoir déjà décliné des propositions similaires dans d'autres pays africains dont le contexte politique ne lui convenait pas. Il dit ne pas anticiper une telle situation avec l'équipe de Romuald Wadagni, qu'il décrit comme animée par la fierté nationale, tout en assurant qu'il démissionnerait le cas échéant. Il met en avant la réputation pacifique du Bénin, un pays qui n'a mené aucune guerre contre ses voisins et ne recherche pas l'arme nucléaire, comme source de fierté pour lui.
Enfin, interrogé sur le statut de Kemi Seba , Claudy Siar dément qu'il soit persona non grata au Bénin. Il rappelle que l'activiste est actuellement incarcéré en Afrique du Sud pour un motif sans rapport avec le Bénin, sous le coup d'un mandat d'arrêt international, et se garde de préjuger de l'issue judiciaire de son dossier.