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De Mobutu à Ibrahim Traoré, la sorcellerie au cœur du pouvoir africain selon François Soudan
Amulettes glissées sous une table, marabouts convoqués avant chaque grand discours, ordalies menées en plein maquis... Le recours à l'occulte n'a jamais quitté les arcanes du pouvoir en Afrique, selon le directeur de la rédaction de Jeune Afrique
 

(AfriquesPlus) - Amulettes glissées sous une table de négociation, marabouts convoqués avant chaque grand discours, ordalies menées en plein maquis : le recours à l'occulte n'a jamais quitté les arcanes du pouvoir en Afrique. Selon François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique, qui revient dans sa newsletter destinée aux abonnés, « Le Off », sur trois décennies de reportages menés à travers le continent, cette dimension demeure une clé de lecture incontournable de la vie politique africaine, de Mobutu à Ibrahim Traoré.

François Soudan raconte avoir vu de près comment l'accusation de sorcellerie pouvait déstabiliser un chef d'État. En juin 2006, dans un hôtel de Genève, il interroge le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema sur les propos de son opposant historique Severo Moto, qui l'accusait de cannibalisme rituel. Visiblement affecté, le chef d'État équato-guinéen lui rétorque : « Que voulez-vous que je réponde à ces insanités ? »

D'autres scènes, toutes vécues en tant que témoin direct, jalonnent le récit du journaliste : les marabouts maliens et mauritaniens du maréchal Mobutu surpris en pleine incantation à l'hôtel Intercontinental de Kinshasa en mai 1996, quelques mois avant la chute du régime ; le sac d'amulettes que le président guinéen Lansana Conté gardait posé près de son magnétophone lors d'un entretien ; les bandelettes de versets coraniques que le Malien Moussa Traoré déroulait avant de répondre à ses questions, dans un train reliant Paris à Bruxelles. À Abidjan, Laurent Gbagbo lui fait visiter la chambre de la résidence de Cocody où dormait Félix Houphouët-Boigny, mais refuse d'y entrer lui-même, de crainte de mauvaises ondes, contrairement à son épouse Simone qui, elle, « a ce courage », confie-t-il au journaliste. François Soudan évoque aussi une ordalie tenue en 1981 dans le maquis angolais, à l'issue de laquelle Jonas Savimbi avait fait condamner au bûcher une dizaine de dissidents pour « pratiques sorcières ».

Pour François Soudan, ce registre n'a rien d'un folklore résiduel appelé à s'effacer sous l'effet de la modernisation. Il observe que le vocabulaire sorcier irrigue toujours le discours de dirigeants contemporains comme le Burkinabè Ibrahim Traoré, le Nigérien Abdourahamane Tiani ou l'Ougandais Yoweri Museveni, portés cette fois par les réseaux sociaux. Sans citer de noms précis, il assure ne connaître aucun chef d'État qui, avant une décision politique majeure ou un déplacement à risque, se prive de consulter un spécialiste de l'occulte, ni aucun putschiste qui renoncerait à un tel appui avant de tenter un coup d'État.

Le journaliste rappelle enfin que ce recours au surnaturel n'est pas propre au continent africain, citant les théories du complot qui prospèrent en Occident jusqu'au sommet de certains États.

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