(AfriquesPlus) - Kaamil Ahmed, dans un article publié ce 25 septembre 2026 par The Guardian, met en lumière les faiblesses persistantes de l’enseignement supérieur africain et le décalage entre les formations dispensées et les besoins des économies du continent. À travers les analyses du Dr John Nkengasong, ancien responsable des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies et actuel responsable de l’éducation à la Mastercard Foundation, le journaliste examine les conditions nécessaires pour mieux valoriser une jeunesse appelée à jouer un rôle central dans le développement de l’Afrique.
L’Afrique est le continent le plus jeune au monde : environ 70 % de sa population a moins de 30 ans. Pourtant, cette dynamique démographique ne se traduit pas encore pleinement par une meilleure insertion professionnelle. Le nombre de diplômés de l’enseignement supérieur a doublé entre 2000 et 2021, pour atteindre 9 %, mais les difficultés d’accès à l’emploi demeurent importantes. Selon l’Africa Workforce Readiness Survey 2025, environ la moitié des employeurs seulement jugent les jeunes diplômés très ou extrêmement bien préparés au monde professionnel.
John Nkengasong estime que cette situation tient notamment au décalage entre les programmes universitaires et les réalités économiques et sociales. Il appelle à faire évoluer un enseignement encore largement théorique vers des formations davantage orientées vers la recherche, l’innovation, l’entrepreneuriat et la résolution des problèmes propres au continent.
L’expert relie également ces difficultés à l’héritage des systèmes éducatifs coloniaux et aux choix budgétaires opérés depuis les années 1980. Il souligne que les politiques d’ajustement économique ont contribué à réduire la priorité accordée à l’enseignement supérieur dans plusieurs pays africains. Selon l’article, les États d’Afrique subsaharienne consacrent aujourd’hui 3,6 fois plus de ressources au service de leur dette qu’à l’éducation.
Pour Nkengasong, l’enseignement supérieur doit donc être considéré comme un investissement stratégique dans le capital humain. Les universités africaines devraient notamment renforcer leurs capacités de recherche dans des domaines comme la santé publique, afin que le continent puisse développer ses propres vaccins, outils de diagnostic et solutions face aux crises sanitaires.
Cette transformation nécessite toutefois des financements et une volonté politique de long terme. L’article rappelle à ce titre le lancement du programme Africa Higher Education for Transformation, qui prévoit 500 millions de dollars sur dix ans pour 150 universités. Pour John Nkengasong, la réforme de l’enseignement supérieur prendra une génération, mais son engagement doit commencer dès aujourd’hui.