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Ces mathématiciennes noires qui ont calculé le chemin vers la Lune, sans jamais recevoir les honneurs
Un travail scientifique décisif, mené dans l'ombre par des femmes que rien ne prédestinait aux honneurs. Un document diffusé par France Culture retrace ce que l'Histoire officielle a longtemps préféré taire
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=gv8ds50WGRU

(AfriquesPlus) - Pendant des décennies, leurs équations ont guidé les fusées américaines sans que leurs noms ne franchissent l'enceinte de la NASA. Un document diffusé par France Culture revient sur le parcours de trois mathématiciennes afro-américaines dont l'apport a longtemps été gommé par ce que les chercheurs appellent l'effet Matilda.

Dans l'Amérique ségréguée des années 1950, alors que les lois Jim Crow organisaient la séparation raciale jusque dans les universités, trois femmes ont pourtant occupé une place déterminante dans la conquête spatiale américaine. Leur histoire, popularisée tardivement par le livre puis le film Hidden Figures sorti en 2016, fait l'objet d'un nouvel éclairage dans un document relayé par France Culture, qui détaille le rôle exact joué par chacune d'elles au sein de la NASA.

La plus célèbre d'entre elles, Katherine Johnson, surnommée « l'ordinateur humain », a grandi dans une Virginie-Occidentale où l'accès à l'instruction restait un parcours d'obstacles pour les Afro-Américains. Diplômée du lycée à 14 ans, elle intègre en 1953 la section West Area Computers du centre de recherche Langley, un service entièrement composé de mathématiciennes noires que l'institution surnommait, non sans condescendance, les « calculatrices en jupe ». 

Selon le document cité par France Culture, elle y effectue des milliers d'opérations impliquant cosinus, racines carrées et géométrie analytique, avant de devenir une pièce maîtresse du programme Mercury. En 1962, l'astronaute John Glenn refuse de décoller tant qu'elle n'a pas vérifié à la main les calculs produits par l'ordinateur de bord, un épisode resté célèbre. Son travail culmine avec la mission Apollo 11 en 1969. Elle quittera la NASA après 33 ans de carrière et s'éteindra en 2020, à 101 ans.

Mary Jackson, elle, a emprunté un chemin plus sinueux avant de rejoindre l'agence spatiale en 1951, à l'âge de 30 ans, après avoir été tour à tour réceptionniste, bibliothécaire puis secrétaire militaire. Comme le rapporte France Culture, les femmes noires de son service étaient alors moins bien rémunérées que leurs collègues blanches, un différentiel salarial qui n'a rien d'anodin dans le contexte de l'époque. Repérée par un ingénieur pour ses compétences, elle se voit orienter vers des cours du soir menant au titre d'ingénieure, des cours alors réservés aux étudiants blancs. Elle porte l'affaire devant la justice, obtient gain de cause, et devient en 1958 la première ingénieure afro-américaine de l'histoire de la NASA.

La troisième figure du trio, Dorothy Vaughan, supervisait le groupe West Area Computers. Elle devient en 1949 la première femme noire à diriger une équipe au sein de l'agence, avant d'anticiper un tournant technologique majeur : consciente que l'essor du calcul informatique menaçait à terme le métier même de « calculatrice humaine », elle s'autoforme au langage Fortran. Les trois femmes accompagneront ainsi la bascule vers l'informatique en développant elles-mêmes des codes et des algorithmes.

Mary Jackson, de son côté, se heurtera par la suite au plafond de verre empêchant l'accès des femmes noires aux postes de direction, malgré la fin officielle de la ségrégation dans les années 1960. Elle choisira alors de bifurquer vers le programme fédéral pour les femmes de la NASA, qu'elle finira par diriger, avant de partir à la retraite en 1985. En 2020, le siège de l'agence spatiale sera renommé en son honneur.

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