(AfriquesPlus) - À Houston, le 17 juin, les secondes s'égrènent vers la mi-temps quand Yoane Wissa fait trembler les filets portugais. Le Portugal avait ouvert le score par João Neves dès la 6e minute, et l'égalisation congolaise est arrivée à la 45e+5. Dans le format vidéo que lui consacre Brut Afrique, un joueur confie n'avoir pris la mesure de l'instant que plus tard, quand sa mère lui a appris qu'il venait de signer le premier but congolais de l'histoire en Coupe du monde. Ce 1-1 offrait aux Léopards leur tout premier point dans la compétition.
Pour mesurer ce que ce score pèse, il faut remonter à 1974. Brut Afrique rappelle que le Zaïre, sacré champion d'Afrique, devient cette année-là la première sélection d'Afrique subsaharienne à participer à un Mondial. Depuis 1965, le président Mobutu avait fait de l'équipe nationale un instrument politique.
Le rêve tourne court. Selon les témoignages recueillis par Brut Afrique, les joueurs affirment ne jamais avoir touché leurs primes, le ministre des Sports invoquant des instructions du gouvernement. L'entraîneur yougoslave se retire avant le match contre son pays, et le Zaïre encaisse neuf buts. Trois rencontres, trois défaites, aucun but marqué. À Kinshasa, personne ne les attend à l'aéroport. Mobutu, canne en main, s'en prend à ceux qui rêvent d'un contrat à l'étranger, qu'il traite de « mercenaires ».
L'humiliation sonne le début d'une longue chute, entre exils, financements taris, joueurs bloqués dans des aéroports, Mondiaux 1978 et 1986 manqués. Les clubs, eux, continuent de briller, du TP Mazembe en 1980 au DC Motema Pembe en 1994. Après 1997 et le changement de nom du pays, la diaspora devient le grand réservoir de talents. Claude Le Roy convainc plusieurs binationaux après un 0-0 face à la France à Marbella. Mais un penalty manqué contre la Libye ferme encore la porte du Mondial, et les anciens pointent avant tout une organisation défaillante.
Un point à Houston, un record à Atlanta
Le tournant tient en un nom, Sébastien Desabre. Brut Afrique le décrit comme le sélectionneur qui a imposé discipline et cadre à un groupe longtemps livré à lui-même. Le chantier a pourtant failli s'arrêter net : la RDC a été battue par l'Algérie (0-1) en phase finale de la CAN début janvier.
Le Mondial se joue donc ailleurs. En novembre 2025 à Rabat, Chancel Mbemba délivre la RDC face au Cameroun (1-0) à la 91e minute. Trois jours plus tard, les Léopards écartent le Nigeria aux tirs au but (4-3) et décrochent la finale africaine des barrages. Reste le barrage intercontinental, à Guadalajara. Les Congolais y battent la Jamaïque 1-0. Brut Afrique raconte un but d'Axel validé par la VAR au terme de cinq minutes d'attente, puis les larmes. Le tirage, lui, est cruel : le groupe K réunit le Portugal, la Colombie et l'Ouzbékistan.
Après le nul de Houston, la Colombie s'impose 1-0 sur la RDC. Tout se décide à Atlanta. Menée dès la 10e minute par Eldor Shomurodov, la RDC renverse l'Ouzbékistan (3-1) et décroche sa première victoire en Coupe du monde, avec une entrée décisive de Fiston Mayele. Avec quatre points, elle finit troisième de son groupe. Cette place suffit pour accéder aux seizièmes de finale.
Groupe K de la Coupe du monde de football 2026 +2
Le 1er juillet, toujours à Atlanta, l'Angleterre met fin à l'aventure. Brian Cipenga a pourtant lancé les Congolais dès la 7e minute, avant que Harry Kane n'égalise à la 75e puis ne signe le 2-1 à la 84e. Le gardien Lionel Mpasi avait multiplié les arrêts face à Jude Bellingham. Desabre, lui, garde la tête haute : « On a proposé un bon football contre l'une des meilleures équipes du monde ». Premier point, première victoire, premier match à élimination directe : la RDC repart avec trois premières.
Brut Afrique en tire une leçon qui dépasse le terrain. Les joueurs interrogés espèrent que leur parcours donnera envie à la jeunesse de jouer dehors. Pour eux, le vrai test viendra quand des talents hésitant entre une sélection européenne et la RDC choisiront les Léopards.