(AfriquesPlus) - Le football africain pèse lourd dans les urnes de la FIFA, à raison de 54 voix sur environ 211, soit le plus grand bloc continental. Mais peser lourd ne signifie pas voter d'une seule voix, et c'est précisément ce paradoxe qui ressort d'une enquête de Reuters, signée Mark Gleeson et publiée le 13 août 2026, consacrée au soutien affiché par la Confédération africaine de football (CAF) à Gianni Infantino en vue de sa réélection.
Empêtré depuis une quinzaine de jours dans une controverse née de son projet, depuis abandonné, de céder une part des droits commerciaux de la Coupe du monde, le président sortant de la FIFA fait face à la colère de l'UEFA, de la Confédération asiatique et de la CONCACAF, qui réclament des comptes.
Dans ce climat tendu, la CAF a choisi de maintenir son appui public, se démarquant ainsi des trois autres grandes confédérations. Un choix cohérent avec le bilan qu'Infantino peut afficher sur le continent. En dix ans à la tête de l'instance mondiale, il a sensiblement augmenté les subventions versées aux fédérations africaines, s'attirant une popularité réelle auprès de nombreux dirigeants.
Reste que cette sympathie de façade ne s'est, par le passé, presque jamais transformée en discipline de vote. Reuters rappelle plusieurs précédents éloquents. En 1998, la CAF s'était alliée à l'UEFA pour soutenir le Suédois Lennart Johansson face à Sepp Blatter, un pari perdu, la majorité des pays africains ayant finalement porté ce dernier au pouvoir. Le scénario s'est répété en 2002, lorsque le président de la CAF de l'époque, Issa Hayatou, s'était lui-même présenté contre Blatter, avant d'être largement désavoué par ses propres pairs continentaux.
Même l'arrivée d'Infantino à la présidence, en 2016, s'est faite en dépit de l'endossement par la CAF d'un autre candidat, le Bahreïni Cheikh Salman Bin Ibrahim Al Khalifa. De nombreuses fédérations africaines avaient alors basculé en sa faveur dès le second tour. Un précédent qui, avec le recul, en dit long sur la nature du soutien continental dont il cherche aujourd'hui à se prévaloir une nouvelle fois.
L'épisode le plus révélateur reste toutefois celui de 2018. Alors que la CAF portait officiellement la candidature marocaine à l'organisation de la Coupe du monde 2026, onze pays africains lui avaient préféré, lors du vote à Moscou, la candidature conjointe nord-américaine portée par les États-Unis, le Canada et le Mexique. En cause : le contentieux du Sahara occidental, plus vieux différend territorial du continent depuis le départ de la puissance coloniale espagnole en 1975, qui continue d'opposer Rabat, revendiquant ce territoire, au Front Polisario, indépendantiste. Cette fracture, toujours ouverte aujourd'hui, illustre combien les équilibres diplomatiques internes au continent peuvent peser davantage que les consignes officielles de la CAF.
C'est cette même fragilité qui plane désormais sur la réélection d'Infantino. Selon des entretiens menés par Reuters auprès de plusieurs dirigeants de fédérations africaines, l'ensemble des associations du continent avait pourtant signé, lors du Congrès de Vancouver en avril, des lettres de soutien à sa candidature. Mais ces engagements avaient été pris avant l'éclatement du scandale sur la cession des droits commerciaux du Mondial. Un contexte qui, à sept mois du scrutin, pourrait suffire à rebattre les cartes.