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Josephine Bonsu, le goût du retour aux sources
Née à Berlin, la défenseure a toujours nourri une curiosité particulière pour les origines de son père. Le football, lui, était déjà une affaire de famille.
 

Dans les moments qui comptent, les grandes équipes attendent de leurs meilleures joueuses qu’elles répondent présentes. Pour le Ghana, jeudi soir à Casablanca, Josephine Bonsu a endossé ce rôle. La défenseure a transformé le penalty décisif, offrant aux Black Queens une victoire 2-1 face à la Côte d’Ivoire au stade Larbi-Zaouli et, surtout, une place dans les barrages intercontinentaux pour la Coupe du monde 2027 au Brésil.

Éliminé de la course au titre à la CAN Féminine, le Ghana, médaillé de bronze lors de la précédente édition, jouait gros. Son dernier passage sur la scène mondiale remonte à 2007. Bonsu n’avait alors que huit ans lorsque les Black Queens s’étaient lourdement inclinées face à la Norvège (2-7), à Hangzhou, pour leur dernière apparition en Coupe du monde.

Née à Berlin, la défenseure a toujours nourri une curiosité particulière pour les origines de son père. Le football, lui, était déjà une affaire de famille.

« Mon père jouait au football au Ghana, donc je pense que c’est venu naturellement. Aussi loin que je me souvienne, grandir entourée principalement de garçons était quelque chose de normal. Il y avait le football, le thé glacé et des glaces bon marché », raconte-t-elle avec le sourire.

Elle a grandi aux côtés de ses amis, partageant avec eux les mêmes équipes et les mêmes bancs d’école. « Nous avons eu la chance de jouer dans la même équipe et d’aller dans la même école pendant toute notre enfance. Aujourd’hui encore, nous sommes très proches. Ils occupent une place importante dans ma vie et dans ma carrière. Je me souviendrai toujours de cette période. »

À Alemannia Haselhorst, Bonsu affine son jeu au fil des années. Elle évolue avec les garçons jusqu’à la catégorie U15, avant de rejoindre le 1. FC Lübars. Ses performances lui ouvrent ensuite les portes du centre de formation de l’Union Berlin.

« Pendant la plus grande partie de mon enfance, je jouais simplement au football avec mes amis et mes coéquipiers. Honnêtement, je n’avais jamais imaginé que cela pourrait un jour me permettre de gagner ma vie. »

Les rêves deviennent parfois réalité

Bien avant d’imaginer pouvoir vivre du football, Bonsu avait déjà une ambition profondément ancrée : porter le maillot de son pays.

Eligible avec l’Allemagne comme avec le Ghana, elle choisit finalement de défendre les couleurs de son pays d’origine. En février 2025, l’appel de Kim Lars Björkegren bouleverse sa trajectoire. À 26 ans, elle découvre les Black Queens et décroche cette première convocation dont elle rêvait depuis l’enfance.

« C’est une immense fierté. J’ai toujours rêvé d’être internationale depuis que je suis petite. Représenter le Ghana avec autant de fierté et d’honneur, c’est extraordinaire. »

Elle se souvient encore de chaque détail de ses débuts, lors d’un match amical disputé au Maroc en février 2025.

« Je me rappelle de chaque seconde. Je suis entrée en jeu et, normalement, je ne suis pas vraiment nerveuse avant un match. Mais cette fois, c’était différent. Quand j’ai vu le drapeau et entendu l’hymne national, j’ai compris que je ne représentais pas seulement mon père. Je représentais tout un pays. J’étais extrêmement fière. »

Cinq mois plus tard, Bonsu contribuait à une campagne historique. Pour leur retour à la CAN depuis 2018, les Black Queens décrochaient la médaille de bronze. Une performance que la défenseure n’est pas près d’oublier.

Une spécialiste du penalty

Josephine Bonsu n’est pas seulement chargée de contenir les attaquantes adverses. Depuis la CAN précédente, elle s’est aussi découvert une étonnante spécialité : les penalties.

Elle en sourit encore : « C’est une histoire assez drôle. Je n’avais jamais tiré de penalty de ma vie. Puis, à la CAN de l’an dernier, mon nom figurait en premier sur la liste. J’étais assez surprise. Aujourd’hui, je fais partie des premières tireuses de l’équipe. Je me sens beaucoup plus à l’aise et celui contre la Côte d’Ivoire était particulièrement important. »

Jeudi, face aux Ivoiriennes, Bonsu a transformé son quatrième penalty en autant de tentatives avec le Ghana.

Avant cela, elle avait inscrit le premier tir au but des Black Queens en quarts de finale contre l’Algérie, contribuant à leur première qualification pour le dernier carré depuis 2016. En demi-finales, elle avait encore trouvé le chemin des filets face à Khadija Er-Rmichi, la gardienne marocaine, même si le Ghana s’était finalement incliné aux tirs au but (2-4), après un nul (1-1).

Lors du match pour la troisième place contre l’Afrique du Sud, elle avait de nouveau assumé ses responsabilités, en transformant le troisième tir ghanéen.

Quatre penalties, quatre réussites.

Mais à Casablanca, au-delà de cette nouvelle démonstration de sang-froid, Bonsu a surtout inscrit son premier but dans le jeu sous le maillot des Black Queens. À la 72e minute, elle a enfin marqué sur action. Un but forcément particulier.

Et maintenant ?

En dix-huit mois, Josephine Bonsu s’est imposée comme l’une des cadres de cette sélection ghanéenne. Aux côtés de la capitaine et expérimentée Portia Boakye, de onze ans son aînée, elle poursuit son apprentissage et affirme davantage son influence.

Entre les deux défenseures, la complémentarité saute aux yeux. Elles se couvrent avec précision, multiplient les interceptions et répondent présentes dans les duels, au sol comme dans les airs. Une entente qui nourrit leur confiance et renforce la solidité du Ghana.

Boakye n’a cessé de louer la nouvelle génération des Black Queens. Bonsu en est l’une des figures de proue. Capable d’évoluer à droite comme à gauche de la défense, mais aussi au milieu de terrain, elle offre à Björkegren une polyvalence précieuse.

Sa lecture du jeu, sa qualité de passe, sa mobilité et sa capacité à se projeter ont rapidement fait d’elle une titulaire régulière. Même ses adversaires ont salué ses qualités.

Désormais, le Ghana se tourne vers les barrages intercontinentaux avec un objectif clair : décrocher son billet pour la Coupe du monde 2027 au Brésil.

Pour Bonsu, l’aventure dépasse pourtant largement le terrain. Née et élevée en Allemagne, elle découvre chaque jour un autre visage de son identité en représentant le Ghana.

« C’est très différent, à tous les niveaux. C’est plus énergique, plus bruyant, beaucoup plus intense que ce que je connaissais en Allemagne. Là-bas, les gens me demandent souvent pourquoi je souris autant et pourquoi je suis toujours de bonne humeur. Quand j’ai découvert cette autre partie de ma culture, j’ai compris que c’était la pièce qui me manquait. C’est ce qui fait de moi la personne que je suis. »

Énergique, bruyant, passionné : trois mots qui pourraient aussi définir ce Ghana nouvelle génération.

Josephine Bonsu, elle, semble avoir trouvé sa place. Entre Berlin et Accra, entre son enfance et son présent, elle a finalement retrouvé une part essentielle d’elle-même. Et elle n’a aucune intention de faire demi-tour.

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