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Le Brief d'AfriquesPlus du samedi 15 août 2026
Le chômage et les tensions autour de l’immigration en Afrique du Sud, l’épidémie d’Ebola en RDC, le rapprochement de l’Égypte avec la Turquie et au Sahel, l’AES fait face à une menace jihadiste, tels sont les principaux sujets développés
 

AFRIQUE DU SUD : chômage, immigration et bataille autour des ressources naturelles

En Afrique du Sud, la situation de l’emploi demeure l’un des principaux sujets de préoccupation. Le taux de chômage officiel a atteint 33,6 % au deuxième trimestre 2026, contre 32,7 % au trimestre précédent, soit environ 8,5 millions de personnes sans emploi. La situation est particulièrement préoccupante chez les jeunes, dont une importante proportion reste durablement éloignée du marché du travail. 

Cette crise sociale alimente parallèlement les tensions autour de l’immigration. La presse régionale revient sur les opérations visant les migrants et sur leurs conséquences économiques et diplomatiques. The EastAfrican souligne notamment que la campagne anti-migrants menée en Afrique du Sud risque d’augmenter les coûts pour certaines entreprises et de détériorer les relations avec les pays voisins

Sur le terrain politique et régional, Durban accueille les préparatifs du 46e sommet de la SADC, qui doit se tenir le 17 août. Les travaux portent notamment sur l’intégration régionale, l’industrialisation, les infrastructures, l’agriculture, les minerais stratégiques et la paix et la sécurité. Le président Cyril Ramaphosa doit notamment participer ce samedi à une réunion de haut niveau consacrée à la santé des femmes, des enfants et des adolescents. 

Autre dossier fortement commenté ce samedi : la décision de la Cour constitutionnelle contre Shell et Impact Africa concernant l’exploration pétrolière au large de la Wild Coast. La juridiction a annulé le droit d’exploration, estimant notamment que les communautés concernées n’avaient pas été suffisamment consultées. Pour Mail & Guardian, cette décision constitue une victoire importante pour les communautés côtières et la justice environnementale. 

Ainsi, derrière les débats sur l’énergie et l’immigration, c’est une même question qui revient dans la presse sud-africaine : comment concilier croissance économique, création d’emplois, justice sociale et protection des intérêts des communautés ?

 NIGERIA : le pétrole, Dangote et la recherche d’une nouvelle cohésion nationale

Au Nigeria, l’économie reste au premier plan. Le projet d’introduction en Bourse de la raffinerie Dangote constitue l’un des dossiers économiques majeurs suivis par la presse. Reuters rapporte que la raffinerie prépare une introduction en Bourse destinée prioritairement aux investisseurs nigérians, potentiellement dès octobre. Le projet pourrait devenir l’une des plus importantes opérations boursières jamais réalisées en Afrique. 

L’ambition affichée est considérable : la raffinerie, actuellement d’une capacité de 650 000 barils par jour, veut porter sa capacité à 1,4 million de barils par jour dans les prochaines années. L’entreprise entend ainsi renforcer son rôle dans la sécurité énergétique du Nigeria et, plus largement, dans la réduction de la dépendance de l’Afrique aux importations de produits raffinés. 

Le dossier énergétique s’inscrit dans une stratégie plus large du gouvernement de Bola Tinubu visant à attirer de nouveaux investissements dans le secteur pétrolier. Abuja a récemment approuvé un nouveau cadre réglementaire et fiscal destiné à débloquer jusqu’à 50 milliards de dollars d’investissements dans les projets pétroliers et gaziers offshore. 

Mais l’actualité nigériane ne se limite pas au pétrole. La question de la coexistence entre musulmans et chrétiens fait également l’objet d’une attention particulière. Plus de 50 responsables religieux musulmans et chrétiens ont signé à Abuja un accord destiné à promouvoir l’harmonie interreligieuse et à combattre les discours de haine et l’extrémisme. Cette initiative intervient alors que le Nigeria se dirige vers l’élection présidentielle de 2027 et que les questions religieuses restent très sensibles dans la vie politique nationale. 

La presse nigériane apparaît donc partagée entre deux impératifs : transformer les immenses potentialités économiques du pays en emplois et en prospérité, tout en empêchant les tensions sécuritaires, religieuses et communautaires de fragiliser la cohésion nationale.

 ÉTHIOPIE : l’économie sous pression, le dialogue national à l’épreuve

En Éthiopie, la presse du 15 août met fortement l’accent sur les difficultés économiques et les défis de gouvernance.

The Reporter Ethiopia annonce que le pays envisage de solliciter environ 13,4 milliards de dollars de financements auprès de la Banque mondiale au cours de la prochaine décennie, dans le cadre d’un nouveau partenariat. Le financement devrait être lié aux progrès réalisés dans les réformes, à la capacité de mise en œuvre du gouvernement et à la disponibilité des ressources de l’IDA.

Dans le même temps, le débat économique demeure marqué par les effets des réformes monétaires et par l’inflation. Le même journal rapporte que la valeur nominale du PIB éthiopien aurait fortement diminué après la mise en œuvre du régime de change flottant, tandis que les objectifs de réduction de l’inflation restent difficiles à atteindre. 

Sur le plan politique, le dialogue national éthiopien demeure au centre des interrogations. La presse d’Addis-Abeba relève que la Commission du dialogue national a annoncé de nouveaux éléments de consensus concernant la question d’Addis-Abeba. Mais les critiques persistent sur l’inclusivité du processus et sur la participation des principaux acteurs politiques et groupes armés. 

Le contexte sécuritaire reste par ailleurs fragile. Les conflits dans l’Amhara, les tensions persistantes au Tigré et les relations difficiles avec l’Érythrée continuent de peser sur la stabilité du pays. *The Reporter* souligne également les effets de la sécheresse, de l’insécurité alimentaire et des déplacements internes, avec plusieurs millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays. 

L’Éthiopie se trouve ainsi confrontée à un double défi : stabiliser son économie tout en consolidant une architecture politique capable de contenir les tensions internes et régionales.

 ÉGYPTE : Le Caire veut consolider son influence régionale

En Égypte, le rapprochement avec la Turquie constitue l’un des principaux sujets de la presse de ce samedi.

Daily News Egypt analyse la volonté d’Ankara d’associer Le Caire au nouvel accord de défense signé par la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan. L’Égypte est considérée comme un partenaire potentiel de ce dispositif régional, mais le Caire se montre prudent et souhaite étudier soigneusement les implications d’éventuels engagements militaires. 

Cette prudence ne signifie pas un désengagement. Au contraire, l’Égypte cherche à profiter de son rapprochement avec Ankara pour renforcer simultanément son poids diplomatique et ses intérêts économiques. Les deux pays veulent notamment porter leur commerce bilatéral vers l’objectif de 15 milliards de dollars et travaillent sur la création d’une zone industrielle turque intégrée dans la zone économique du canal de Suez. 

Le Caire cherche également à renforcer sa position sur plusieurs dossiers régionaux : Gaza, le Soudan et la Libye. Avec Ankara, l’Égypte défend notamment l’idée d’une solution politique en Libye et insiste sur la souveraineté et l’intégrité territoriale du Soudan. 

Sur le front économique, les indicateurs restent toutefois contrastés. Le FMI a récemment débloqué environ 1,8 milliard de dollars pour l’Égypte après deux revues de son programme, tout en appelant Le Caire à accélérer les réformes et à réduire le poids de l’État dans l’économie. 

L’Égypte veut donc apparaître comme une puissance pivot entre Afrique, Moyen-Orient et Méditerranée, en utilisant à la fois la diplomatie, le commerce et les partenariats sécuritaires.

 RDC : l’épidémie d’Ebola devient la principale urgence

En République démocratique du Congo, l’épidémie d’Ebola domine largement l’actualité.

L’Associated Press rapporte ce samedi que les équipes sanitaires peinent désormais à suivre la vitesse de propagation du virus. Entre 60 % et 70 % des nouveaux cas seraient détectés chez des personnes qui ne figuraient pas auparavant parmi les contacts surveillés, signe que le système de surveillance sanitaire est dépassé par la progression de l’épidémie. 

La situation est d’autant plus préoccupante que l’épidémie s’étend désormais à une sixième province, le Bas-Uele, après le décès d’une personne dans cette région jusque-là épargnée. Les autorités sanitaires congolaises craignent une extension géographique de la maladie. 

Le virus responsable est le Bundibugyo, une souche rare contre laquelle il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique largement disponible. L’OMS estime que l’épidémie est particulièrement difficile à contrôler en raison de l’insécurité, des déplacements de populations, des difficultés d’accès et des problèmes de surveillance. 

L’ONU a annoncé une enveloppe supplémentaire de 30,5 millions de dollars pour soutenir la réponse humanitaire et sanitaire. Mais les besoins demeurent considérables. 

Parallèlement à cette crise sanitaire, le processus de paix dans l’est de la RDC se poursuit. Les autorités congolaises et le Rwanda travaillent notamment sur des mécanismes de suivi des engagements issus des accords de Washington, tandis que les échanges de prisonniers entre Kinshasa et l’AFC/M23 se poursuivent dans le cadre du processus de Doha. 

La RDC cumule ainsi deux crises majeures : une crise sécuritaire dans l’Est et une urgence sanitaire qui menace désormais de dépasser les capacités de réponse nationales et internationales.

 AES : le Sahel face à une nouvelle intensification de la menace jihadiste

Dans les pays de l’Alliance des États du Sahel — Mali, Burkina Faso et Niger —, la question sécuritaire reste centrale.

Le fait marquant de ce samedi est la publication d’un rapport des Nations unies révélant qu’une rançon de 50 millions de dollars versée fin 2025 pour obtenir la libération d’otages aurait contribué au financement des opérations d’Al-Qaïda au Sahel. Selon Reuters, les fonds auraient notamment permis au JNIM de renforcer ses capacités opérationnelles au Mali et dans plusieurs pays voisins. 

Cette révélation souligne une nouvelle fois la transformation du kidnapping en véritable économie de guerre dans le Sahel. Les groupes jihadistes utilisent les rançons pour financer leurs combattants, leurs équipements et leur implantation territoriale.

Au Mali, les autorités ont par ailleurs annoncé récemment la libération de 82 soldats détenus depuis les attaques d’avril, tandis que le président Assimi Goïta a accordé une grâce à un ressortissant français condamné à 20 ans de prison

Au Burkina Faso, un autre sujet suscite de fortes réactions : plus de 40 journalistes ont participé à une formation de type militaire, mesure présentée dans le contexte de la mobilisation nationale face à la menace jihadiste. Cette décision nourrit cependant les interrogations sur les rapports entre les autorités de transition et les médias. 

Au Niger, les autorités poursuivent leur politique de renforcement de la souveraineté nationale et multiplient parallèlement les initiatives économiques et diplomatiques. L’Agence nigérienne de presse rapporte notamment ce samedi la réception, à Niamey, d’une délégation saoudienne par le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine. 

L’AES poursuit donc son affirmation comme espace politique et sécuritaire autonome. Mais le défi reste immense : les nouveaux dispositifs militaires et la coopération entre les trois États doivent encore démontrer leur capacité à inverser durablement la dynamique jihadiste.

 LE RESTE DU CONTINENT : quelques autres tendances fortes

L’actualité africaine du jour ne se limite pas aux pays prioritaires de cette revue.

En Afrique centrale, la situation sanitaire en RDC domine les préoccupations, tandis que les questions de sécurité et de déplacements de populations restent également préoccupantes.

En Afrique australe, la SADC se prépare à un sommet stratégique à Durban, avec un agenda consacré notamment aux infrastructures, à l’industrialisation, à l’agriculture et aux minerais critiques. 

Au Mali, l’actualité sportive occupe également une place importante dans la presse nationale : l’équipe masculine s’est qualifiée pour les demi-finales de l’AfroBasket U18 après sa victoire contre la Tunisie, tandis que la sélection féminine s’est qualifiée pour la finale après son succès contre l’Égypte. 

Enfin, plusieurs crises régionales continuent de peser sur le continent, notamment au Soudan, en Somalie et dans la région des Grands Lacs.

Au terme de cette revue, cinq grandes tendances se dégagent de l’actualité africaine de ce samedi 15 août 2026 :

1. La crise sociale sud-africaine s’aggrave.

Le chômage, notamment chez les jeunes, et les tensions autour de l’immigration constituent des défis majeurs pour Pretoria. 

2. Le Nigeria veut transformer son potentiel énergétique en moteur de croissance.

La montée en puissance de la raffinerie Dangote et son projet d’introduction en Bourse illustrent cette ambition. 

3. L’Éthiopie reste à la croisée des chemins.

Réformes économiques, dialogue national, tensions internes et relations difficiles avec l’Érythrée continuent de déterminer l’avenir du pays. 

4. L’Égypte cherche à devenir un pivot de la nouvelle architecture géopolitique régionale.

Le rapprochement avec la Turquie et les liens avec l’Arabie saoudite montrent que Le Caire entend peser davantage sur les équilibres sécuritaires et économiques du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. 

5. La RDC est confrontée à une urgence sanitaire exceptionnelle.

La progression rapide d’Ebola, désormais dans six provinces, menace de dépasser les capacités de surveillance et de prise en charge. 

 En toile de fond : une Afrique en quête d’autonomie

De Pretoria à Niamey, de Lagos au Caire, en passant par Addis-Abeba et Kinshasa, une même tendance traverse l’actualité : les États africains cherchent à renforcer leur autonomie économique, diplomatique et sécuritaire, mais restent confrontés à de lourdes fragilités internes.

La multiplication des partenariats Sud-Sud, la montée en puissance des investissements africains, la recherche de nouvelles alliances sécuritaires et l’affirmation de souverainetés nationales traduisent une Afrique qui entend davantage définir elle-même ses priorités. Mais les crises sécuritaires du Sahel, les tensions dans la Corne de l’Afrique, la situation dans l’Est de la RDC et les difficultés économiques montrent que cette autonomie reste encore fragile et inégale.

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