À l’occasion de sa 20e édition, le Festival cinémas d’Afrique de Lausanne met à l’honneur la richesse et la diversité du cinéma africain. Du 13 au 16 août 2026, 43 œuvres venues de 27 pays sont projetées, avec le Togo comme invité d’honneur et un important coup de projecteur sur le cinéma burkinabè. L’Algérie y occupe également une place de choix avec trois films qui explorent la mémoire, l’identité, les traditions et la quête de liberté.
Pour cette édition anniversaire, le cinéma algérien est représenté à travers trois œuvres aux univers très différents, mais qui ont en commun de porter un regard sensible sur une société en mouvement.
Trois films, trois facettes de l’Algérie
Avec Alea Jacarandas, Hassen Ferhani propose un documentaire de 78 minutes qui mêle histoire familiale et mémoire collective. Le réalisateur part sur les traces des jacarandas d’Alger, des arbres qui fascinent son père, lequel devient l’un des principaux protagonistes du film.
Cette recherche se transforme progressivement en une promenade intime dans la capitale algérienne. Derrière les arbres et les paysages urbains se dessine une réflexion sur la mémoire, la transmission et les liens entre les générations. Le film propose ainsi une autre manière de raconter Alger, à travers le regard personnel d’un fils sur son père et sur une ville chargée d’histoire.
Dans Gardiennes de nuit, Nina Khada choisit la fiction pour aborder les tensions entre traditions familiales et désir d’émancipation. Le film, d’une durée de 23 minutes, suit Nora, une jeune femme de 20 ans, qui se rend en Algérie pour accompagner la dépouille de sa grand-mère.
Mais Nora est empêchée d’assister à l’enterrement et se retrouve confinée dans la maison familiale pour veiller le corps. Ce huis clos fait progressivement surgir les non-dits et les contradictions qui traversent la famille. À travers cette situation intime, la réalisatrice interroge la place des femmes, les règles familiales, les traditions et la liberté individuelle.
Troisième œuvre algérienne présentée à Lausanne, Taɛezrit, de Kaouther Arinas Dernouni, emmène le spectateur dans les Aurès, à la rencontre de Habiba, une femme chaouie.
À travers son quotidien et son rapport à la terre, le documentaire de 34 minutes s’intéresse à l’identité, aux traditions et à la mémoire. Le film permet également de découvrir un territoire et une culture souvent peu représentés sur les écrans internationaux.
Une Algérie plurielle et en mouvement
À travers ces trois films, le festival propose donc une véritable plongée dans une Algérie plurielle, loin des représentations figées. Alger, les Aurès, la famille, les traditions, la transmission et les aspirations à la liberté constituent autant de portes d’entrée vers une société contemporaine traversée par de profondes transformations.
Documentaire ou fiction, ces œuvres donnent surtout la parole à des personnages et à des histoires qui permettent de regarder l’Algérie autrement.
La présence algérienne ne s’arrête d’ailleurs pas à ces trois productions. Le réalisateur helvético-algérien Karim Sayad présente également À Domicile, une fiction de 17 minutes tournée en Suisse.
Le film met en scène la rencontre improbable entre un jeune migrant sans papiers et un livreur confronté lui-même à des difficultés financières. À travers cette rencontre, Karim Sayad explore la précarité, la solidarité et les rapports humains, en mettant en évidence les fragilités sociales qui peuvent rapprocher des personnes que tout semble pourtant séparer.
Lausanne, vitrine des cinémas africains
Avec 43 œuvres issues de 27 pays, la 20e édition du Festival cinémas d’Afrique de Lausanne confirme son ambition de donner une visibilité à des réalisateurs et à des récits encore trop peu présents dans les circuits internationaux.
Le choix de mettre le Togo à l’honneur, tout comme la traversée consacrée au cinéma burkinabè autour de la mémoire, de la résistance et de la modernité, illustre cette volonté de présenter un continent aux réalités multiples.
La présence algérienne vient enrichir cette programmation en proposant des récits intimes et des regards profondément ancrés dans les réalités sociales et culturelles du pays.
À Lausanne, le cinéma africain ne se contente donc pas de raconter l’Afrique : il donne à voir ses transformations, ses mémoires, ses contradictions et ses aspirations. Une démarche qui fait de ce festival un espace précieux pour les « petites voix » du cinéma africain, celles qui contribuent à construire une image plus diverse, plus nuancée et plus contemporaine du continent.