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Soudan, le retour de l’Union africaine à Khartoum, une chance étroite de peser sur la paix
L’UA devra éviter d’être perçue comme proche du pouvoir de transition dominé par l’armée, qui contrôle aujourd’hui Khartoum
 

(AfriquesPlus) - Après plus de trois années de guerre, l’Union africaine (UA) tente de renouer avec une présence directe au Soudan. Dans une analyse publiée le 17 août 2026 par l’Institute for Security Studies (ISS) dans ISS Today, la chercheuse Maram Mahdi estime que la réouverture du bureau de liaison de l’organisation à Khartoum pourrait offrir à l’UA une nouvelle occasion de peser sur les efforts de cessez-le-feu, à condition de préserver sa neutralité.

Le bureau avait quitté la capitale en avril 2023, au début des affrontements entre les Forces armées soudanaises (SAF) du général Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide (RSF). Depuis, l’UA conduisait ses démarches diplomatiques à distance, depuis Addis-Abeba. Son retour lui permettrait désormais de disposer d’un accès direct aux acteurs soudanais et de renforcer la circulation de l’information.

Pour Maram Mahdi, cette présence pourrait surtout consolider la position de l’UA dans les initiatives diplomatiques en cours. Elle deviendrait le seul membre du Quintet - qui réunit l’UA, l’IGAD, la Ligue arabe, l’Union européenne et les Nations unies - à disposer d’une présence politique sur le terrain. Le bureau pourrait ainsi faciliter les contacts avec les protagonistes, transmettre les positions de l’organisation et exercer davantage de pression en faveur d’un dialogue.

Mais ce retour comporte aussi des risques. L’UA devra éviter d’être perçue comme proche du pouvoir de transition dominé par l’armée, qui contrôle aujourd’hui Khartoum. La rencontre, le 8 juillet, entre son représentant spécial au Soudan, Mohamed Belaiche, et le général al-Burhan constitue à cet égard un premier test. Pour conserver sa crédibilité, l’organisation devra dialoguer également avec les groupes armés, les formations politiques, les organisations civiles et les syndicats.

La neutralité est d’autant plus importante que plusieurs processus de médiation sont déjà engagés. L’UA participe notamment aux travaux du Quintet ainsi qu’à un dialogue intra-soudanais impliquant les représentants politiques des deux camps. Un positionnement jugé partisan pourrait fragiliser ces différentes initiatives.

À cette difficulté politique s’ajoutent des contraintes sécuritaires et matérielles. Khartoum reste exposée aux attaques, notamment aux frappes de drones, tandis que les infrastructures de base - eau, électricité et Internet - demeurent fortement dégradées. La sécurité du personnel de l’UA constitue donc un enjeu majeur pour la réouverture effective du bureau.

L’analyse de l’ISS insiste surtout sur la nécessité de donner à cette présence un mandat précis. Le bureau ne pourra contribuer réellement au règlement du conflit que s’il s’inscrit dans une stratégie claire de l’UA et s’il élargit ses consultations à l’ensemble des composantes de la société soudanaise. L’organisation pourrait notamment utiliser sa présence pour mieux intégrer les revendications des syndicats, des mouvements civils et des différentes forces politiques, dans un conflit dont les racines sont aussi liées à l’exclusion de certains acteurs du processus politique.

Pour Maram Mahdi, le retour à Khartoum représente ainsi davantage qu’un geste diplomatique : il peut permettre à l’UA de reprendre une place centrale dans la recherche d’une solution au conflit soudanais. Mais cette opportunité reste fragile. Elle dépendra de la capacité de l’organisation à conjuguer présence sur le terrain, impartialité et dialogue avec l’ensemble des protagonistes.

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