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En Somalie, la guerre du Golfe fait flamber les prix et fragilise davantage les ménages
La fermeture du détroit d’Ormuz et les perturbations du trafic maritime ont particulièrement affecté un pays qui importe environ 90 % des biens qu’il consomme. Une grande partie de ces marchandises transite par les Émirats arabes unis et Oman
 

(AfriquesPlus) - À plusieurs milliers de kilomètres du conflit au Moyen-Orient, la Somalie en subit directement les conséquences économiques. Dans un reportage publié ce 17 août 2026 par The New Humanitarian, le journaliste Faisal Ali décrit les effets de la perturbation des échanges commerciaux sur une population déjà confrontée à la pauvreté, aux déplacements et aux crises climatiques.

La fermeture du détroit d’Ormuz et les perturbations du trafic maritime ont particulièrement affecté un pays qui importe environ 90 % des biens qu’il consomme. Une grande partie de ces marchandises transite par les Émirats arabes unis et Oman avant d’atteindre les ports somaliens de Berbera, Bosaso et Mogadiscio. Selon l’Autorité fédérale des douanes, les importations alimentaires ont chuté de 40 % entre février et mars 2026, tandis que les escales portuaires ont fortement diminué.

Le choc s’est rapidement transmis aux prix. À Mogadiscio, le prix de l’essence a augmenté de plus de 100 % dans les premiers jours du conflit, contribuant à porter l’inflation annuelle à 9,23 % en mars, son niveau le plus élevé de ces dernières années. Le prix d’un sac de sucre de 50 kilos est ainsi passé de 28 à 34 dollars, celui du riz de 40 à 53 dollars, tandis que les bouteilles de gaz ont presque doublé, de 13 à 24 dollars.

Cette hausse frappe particulièrement les travailleurs aux revenus précaires. Maako Sheikh Isaaq, qui vend des beignets et des samoussas dans un quartier populaire de Mogadiscio, a réduit de moitié sa production quotidienne en raison de la hausse du prix de la farine et du sucre et de la baisse du pouvoir d’achat de ses clients. Les conducteurs de pousse-pousse motorisés sont eux aussi affectés par le renchérissement du carburant. Avec des revenus qui dépassent rarement quelques dollars par jour, certains puisent désormais dans leurs économies pour couvrir leurs dépenses courantes.

Le choc commercial intervient alors que l’économie somalienne est déjà particulièrement vulnérable. Le pays dispose de peu de réserves financières pour amortir une hausse des prix des carburants, des denrées alimentaires et des engrais. À cela s’ajoutent la réduction de l’aide américaine et britannique, ainsi que les difficultés liées à la disparition progressive du shilling somalien dans les transactions quotidiennes. La généralisation des prix en dollars pénalise notamment les ménages les plus pauvres, pour lesquels même de faibles augmentations rendent les achats courants plus difficiles.

La crise économique se combine également avec une situation humanitaire déjà critique. Quatre saisons des pluies consécutives ont échoué, entraînant de nouvelles pertes de moyens de subsistance et le déplacement de plus d’un demi-million de personnes depuis le début de l’année. Plus de six millions de Somaliens sont actuellement confrontés à des niveaux aigus d’insécurité alimentaire. Dans certaines régions, les organisations humanitaires évoquent même un risque crédible de famine.

La guerre au Moyen-Orient renchérit par ailleurs le coût de l’aide elle-même. Les cargaisons alimentaires destinées à la Somalie doivent parfois être réorientées autour de l’Afrique australe afin d’éviter les zones maritimes à risque, ce qui augmente les coûts de transport et réduit la quantité de produits que les agences peuvent acheter et acheminer.

Pour The New Humanitarian, le risque est donc celui d'un effet domino : perturbation des routes commerciales, flambée des prix, contraction des revenus et aggravation d’une crise humanitaire déjà alimentée par la sécheresse et les déplacements. Une éventuelle dégradation climatique supplémentaire, avec un épisode El Niño susceptible de provoquer de graves inondations, pourrait encore accentuer la pression sur une population dont les capacités d’adaptation sont déjà fortement entamées.

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