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Le bras de fer Afrique de l'Ouest-UE menace l'approvisionnement des chocolatiers
Fin décembre, l'Union européenne bannira les importations de cacao liées à la déforestation. Problème : au Nigeria, plus de la moitié des fèves pourrait ne pas être conforme, et la Côte d'Ivoire n'est pas mieux lotie
 

(AfriquesPlus) - À l'approche de l'entrée en vigueur, fin décembre, du règlement européen antidéforestation, la filière cacao ouest-africaine est loin d'être prête, révèle une enquête de Reuters signée Ben Ezeamalu et May Angel, publiée le 17 août 2026. Au Nigeria comme en Côte d'Ivoire, des centaines de milliers de petits producteurs risquent de ne pas satisfaire aux exigences de traçabilité, de quoi perturber les exportations vers l'Europe et renchérir le coût du chocolat.

Ojo Ayaninuola n'était pas emballé. Ce petit planteur d'Akure, dans le sud-ouest du Nigeria, rechignait à laisser des exportateurs cartographier et géolocaliser son exploitation, raconte Reuters. Il a fallu que Sunbeth Global, l'un des plus gros exportateurs du pays et acheteur de la totalité de ses fèves, le prévienne qu'il pourrait perdre l'accès à l'Union européenne — laquelle absorbe 60% du cacao mondial — pour qu'il finisse par accepter.

Sa situation reste enviable comparée à celle d'autres producteurs de sa région et d'ailleurs, note l'article. Selon des experts du secteur cités par l'agence, lorsque le texte européen entrera en application, les cultivateurs qui produisent plus de la moitié des fèves du quatrième producteur mondial pourraient ne pas être en règle. Le Nigeria compte environ 300 000 cacaoculteurs, pour la plupart de petits exploitants, selon le Conseil nigérian de promotion des exportations.

La situation est similaire à travers l'Afrique de l'Ouest, y compris en Côte d'Ivoire, premier producteur mondial, indique Reuters. La région fournit environ 70% des fèves de la planète et en expédie près des deux tiers vers l'UE, selon des données de la Banque mondiale, de l'UE et de l'ONU.

« Il est tout à fait possible qu'au début de l'application de la loi, les importateurs européens ne parviennent pas à obtenir suffisamment de cacao conforme auprès de fournisseurs indirects ou tiers, que ce soit du Nigeria, de Côte d'Ivoire ou d'ailleurs », avertit Nicko Debenham, consultant en durabilité et ancien négociant mondial en cacao, cité par l'agence de presse. Il estime que cette pénurie pourrait durer environ deux ans, période durant laquelle les exportateurs conformes vendraient leurs fèves avec une prime aux chocolatiers.

Ce qu'exige Bruxelles

Le règlement européen sur la déforestation (EUDR) vise à tarir les 10% de déforestation mondiale imputables à la consommation de biens importés par le bloc, rappelle Reuters. Il obligera les importateurs à prouver que leurs produits n'ont pas été cultivés sur des terres récemment déboisées, en remontant notamment la traçabilité des matières premières jusqu'à la parcelle d'origine, et qu'ils respectent les lois du pays producteur. Le texte, déjà reporté à deux reprises en raison de sa complexité, entre en vigueur fin décembre.

Une mise en conformité coûteuse et ardue, selon les acheteurs : au Nigeria, en Côte d'Ivoire et au Ghana, la filière repose sur des centaines de milliers de petits paysans installés dans des zones rurales reculées. Les exportateurs doivent cartographier chaque exploitation, vérifier l'usage des sols et tenir des registres numériques de traçabilité sur une chaîne d'approvisionnement à plusieurs étages. En Côte d'Ivoire, seule la moitié environ du cacao peut être rattachée à sa parcelle d'origine, selon une étude de l'ONG Trase publiée en mai, le reste de la chaîne étant indirect ou passant par de multiples intermédiaires.

Chez les grands exportateurs nigérians, la facture s'alourdit sans que les acheteurs européens n'acceptent, jusqu'ici, d'en absorber une partie, rapporte Reuters. Sunbeth Global dit avoir consacré trois ans à cartographier 124 000 hectares dans le sud du Nigeria, couvrant quelque 60 000 tonnes métriques de cacao de sa chaîne d'approvisionnement, pour un coût de 30 à 70 dollars par tonne. L'entreprise a aussi déployé des centaines d'agents de terrain pour former ses planteurs aux lois nigérianes (y compris contre le travail des enfants et le travail forcé) et recruté une équipe de 35 personnes dédiée à la durabilité, qui collabore avec le spécialiste néerlandais de la vérification de données Meridia.

« C'est coûteux à mettre en œuvre... et lors de nos premiers échanges avec nos acheteurs, la question de qui paiera la conformité à l'EUDR a suscité des résistances », a confié à Reuters Nzubechukwu Anisiobi, directeur des opérations de Sunbeth. « En l'état, l'analyse coûts-avantages grignote nos marges. »

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