(AfriquesPlus) - Dans une tribune publiée ce 18 août 2026 par l’Agence Anadolu (AA), Mohammed Ibrahim Al-Rashid, directeur du Centre soudanais d’études sur les relations politiques internationales (Ma’alim), analyse l’évolution de la guerre au Soudan et ses répercussions au-delà des frontières du pays. Pour l’auteur, le conflit, entré dans sa quatrième année, ne peut désormais plus être considéré comme une simple confrontation interne : il s’inscrit dans une lutte plus large autour des ressources, des influences étrangères et de la sécurité de la Corne de l’Afrique et de la mer Rouge.
Selon Al-Rashid, l’extension du conflit a progressivement fait du Soudan un foyer de déstabilisation pour plusieurs espaces régionaux, notamment le Sahel, le bassin du lac Tchad, la Corne de l’Afrique et la zone de la mer Rouge. Les liens tribaux transfrontaliers, les mouvements de combattants et les circuits d’approvisionnement militaires contribuent, selon lui, à diffuser les effets de la guerre vers le Tchad, la Libye, le Niger, le Mali et l’Éthiopie.
L’auteur estime que le conflit est désormais entré dans une phase où ses conséquences dépassent largement le territoire soudanais. Il évoque notamment l’apparition de nouvelles tensions sur la frontière orientale, près de Kurmuk, à proximité de l’Éthiopie. Cette évolution pourrait, selon son analyse, modifier l’équilibre militaire et politique du conflit et renforcer les risques d’une internationalisation de la crise.
Al-Rashid insiste également sur le poids des acteurs extérieurs. Il accuse plusieurs puissances et réseaux étrangers d’alimenter la guerre par la fourniture d’armes, d’équipements et de combattants. Il considère que Khartoum doit, en réponse, renforcer ses alliances avec des pays comme la Turquie, le Qatar, l’Égypte, l’Arabie saoudite, l’Érythrée, la Russie et la Chine, tout en préservant ses intérêts nationaux.
Sur le plan humanitaire, la tribune alerte sur une aggravation de la situation dans le Kordofan, le Darfour et certaines zones du Nil Bleu. L’arrivée de la saison des pluies pourrait accentuer les difficultés des populations déplacées et compliquer davantage les activités agricoles et pastorales. L’auteur décrit également des stratégies militaires différentes entre les Forces de soutien rapide (FSR) et l’armée soudanaise, chacune cherchant à consolider sa position sur le terrain et dans les négociations.
Pour l’avenir, Mohammed Ibrahim Al-Rashid envisage trois scénarios : une victoire progressive de l’armée sur les FSR à travers une combinaison d’actions militaires, politiques et diplomatiques ; une guerre prolongée débouchant sur une paix fragile et une possible fragmentation du pays ; ou encore une réduction progressive du rôle des acteurs intermédiaires au profit de négociations directes avec les puissances régionales impliquées.
L’auteur considère finalement que l’issue du conflit dépendra autant de la capacité des Soudanais à gérer la crise que de l’évolution des rapports de force régionaux. La guerre, estime-t-il, pourrait aussi constituer une occasion de reconstruire les institutions et de repenser les équilibres politiques et sécuritaires du pays, à condition que sa dimension nationale ne soit pas définitivement éclipsée par les rivalités régionales et internationales.