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L'Afrique appelée à transformer ses données en levier de mobilisation des recettes
Le Tax Justice Network plaide pour la construction d’un véritable écosystème africain de données capable d’éclairer les réformes fiscales et de renforcer les recettes publiques
 

(AfriquesPlus) - Alors que les marges de manœuvre budgétaires se resserrent sur le continent, l’exploitation des données fiscales apparaît comme un outil encore largement sous-utilisé. Dans un article du 8 août 2026, le Tax Justice Network plaide pour la construction d’un véritable écosystème africain de données capable d’éclairer les réformes fiscales et de renforcer les recettes publiques. Le texte est signé par Matthew Amalitinga Abagna, Alison Schultz et Miroslav Palansky.

Les auteurs inscrivent leur réflexion dans un contexte marqué par le recul de l’aide extérieure, l’augmentation du coût du service de la dette et la progression des besoins de financement des États. Ils citent notamment une baisse de 26 % de l’aide bilatérale destinée à l’Afrique en 2025, ainsi qu’un poids des intérêts de la dette souveraine équivalant à 27,5 % des recettes publiques en 2024. Dans ce contexte, les pays africains sont contraints de rechercher davantage de ressources à l’intérieur de leurs propres économies.

Pour le Tax Justice Network, l’enjeu n’est toutefois pas seulement d’augmenter les impôts. Il consiste aussi à déterminer quelles réformes fonctionnent réellement, quels dispositifs fiscaux sont efficaces, où se produisent les pertes de recettes et comment les contribuables réagissent aux changements de réglementation. Les données collectées quotidiennement par les administrations fiscales peuvent fournir une partie de ces réponses.

Ces informations permettent notamment d’étudier le comportement des entreprises, d’améliorer les contrôles, de repérer les risques de fraude et d’évaluer l’efficacité des politiques publiques. Elles peuvent également aider les administrations à mieux lutter contre les pratiques de transfert de bénéfices des multinationales et certaines formes d’érosion de la base fiscale liées aux échanges internationaux.

Cette capacité d’analyse revêt également une dimension stratégique pour l’Afrique dans les négociations sur la réforme de la fiscalité internationale. Alors que les États africains cherchent à peser davantage dans l’élaboration des nouvelles règles mondiales, les auteurs estiment qu’ils doivent pouvoir s’appuyer sur des données produites à partir de leurs propres économies. Ces éléments peuvent permettre de documenter les pertes de recettes et de consolider les positions communes défendues par le groupe africain dans les discussions internationales.

L’article s’appuie notamment sur les enseignements d’un atelier consacré aux données administratives et à l’analyse des politiques fiscales, organisé à Accra, au Ghana, les 11 et 12 juin 2026. La rencontre, organisée par le Tax Justice Network avec la Ghana Revenue Authority, l’International Growth Centre et le Centre norvégien de recherche fiscale, a réuni chercheurs, responsables fiscaux et partenaires du développement.

Les travaux présentés concernaient plusieurs pays, parmi lesquels le Ghana, le Kenya, le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Rwanda, l’Eswatini et la Zambie. Ils ont notamment porté sur la fiscalisation des petites entreprises et du secteur informel, les régimes fiscaux simplifiés, l’utilisation de données tierces pour améliorer le recouvrement, ainsi que les effets de l’information et de la sensibilisation des contribuables sur leur comportement.

Une autre série de recherches s’est intéressée aux pertes de recettes liées aux activités des multinationales. L’exploitation des déclarations fiscales, des données douanières et des résultats des contrôles peut permettre de mieux détecter les transferts artificiels de bénéfices, les pratiques de treaty shopping ou encore certaines anomalies dans la valorisation des importations.

D’autres études ont porté sur le fonctionnement même des administrations fiscales : gestion des arriérés, contrôles fondés sur les risques, conformité douanière ou encore fixation des seuils d’assujettissement à la TVA. L’objectif est, dans tous les cas, de permettre aux administrations de tester leurs propres instruments et de les ajuster en fonction des résultats observés.

Pour les auteurs, la principale difficulté réside cependant dans le passage de la donnée à la décision publique. Produire des statistiques ou mener des recherches ne suffit pas si leurs conclusions ne sont pas intégrées dans la législation et dans les pratiques administratives. D’où la nécessité, soulignent-ils, de rapprocher durablement administrations fiscales, chercheurs, universités, responsables politiques et partenaires techniques.

Le Tax Justice Network défend ainsi la mise en place d’un « écosystème de la preuve » à l’échelle africaine. Les administrations devraient faciliter, dans un cadre sécurisé, l’accès des chercheurs aux données fiscales ; ces derniers pourraient ensuite produire des analyses directement utiles aux décideurs. À terme, cette coopération doit permettre de renforcer les capacités nationales de recherche et d’améliorer la conception des politiques fiscales.

Cette démarche s’inscrit dans l’initiative Administrative Data for Tax Justice, lancée par le Tax Justice Network en décembre 2025. L’organisation ambitionne notamment d’élargir l’accès sécurisé aux données fiscales administratives et de constituer une base croissante de travaux consacrés aux politiques fiscales africaines.

Au-delà de la technique, le débat touche donc à la capacité des États africains à financer eux-mêmes une part plus importante de leur développement. Pour le Tax Justice Network, mieux exploiter les données fiscales ne constitue pas seulement un moyen d’améliorer le rendement de l’impôt : c’est aussi une manière de renforcer l’autonomie budgétaire des pays africains et leur capacité à défendre leurs intérêts dans la réforme du système fiscal mondial.

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