(AfriquesPlus) - L’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) et un chercheur de l’université Tufts remettent en cause les résultats de vingt ans de politiques agricoles inspirées de la « révolution verte », estimant que la faim et la dépendance des agriculteurs aux intrants ont progressé dans les pays ciblés par l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA).
Selon une dépêche publiée mercredi 19 août 2026 par APAnews, ces critiques interviennent alors que l’AGRA célèbre son 20e anniversaire. Deux rapports consacrés aux résultats de son modèle agricole, soutenu notamment par des financements philanthropiques et déployé depuis 2006 dans plusieurs pays africains, contestent les résultats obtenus au regard des objectifs affichés.
D’après les données présentées dans ces rapports, le nombre de personnes sous-alimentées dans les pays ciblés par l’AGRA aurait augmenté de 58 % depuis 2006, alors que l’organisation s’était fixé pour objectif de réduire de moitié la faim.
Les auteurs relèvent également un ralentissement de la progression des rendements des principales cultures vivrières depuis le lancement de l’AGRA, malgré une utilisation des engrais qui aurait plus que doublé dans la région.
La hausse de la production agricole serait davantage liée à l’extension des superficies cultivées qu’à une amélioration des rendements. Les surfaces agricoles auraient ainsi augmenté de 46 % depuis 2006, une évolution que les auteurs jugent difficilement compatible avec la promesse d’une « intensification durable » de l’agriculture.
Le Sénégal est notamment cité comme un exemple de trajectoire différente. Le pays, qui ne figurait pas parmi les pays ciblés par l’AGRA, aurait atteint sur la même période l’objectif de réduction de moitié de la faim que l’organisation s’était fixé pour ses pays d’intervention.
« Après que des milliards ont été investis dans des politiques alignées sur l’AGRA, les agriculteurs n’ont fait que devenir plus affamés et plus endettés », a déclaré Mutinta Nketani, coordinatrice nationale de l’Alliance zambienne pour l’agroécologie et la biodiversité (ZAAB), citée par APAnews.
Pour les organisations à l’origine des rapports, l’agroécologie et la souveraineté alimentaire constituent des alternatives au modèle promu par l’AGRA. Elles mettent notamment en avant la régénération des sols, la protection des semences locales, la diversification des cultures et la réduction de la dépendance aux intrants agricoles coûteux.
« L’alternative agroécologique n’est pas théorique. Les agriculteurs sont déjà en train de la mettre en œuvre », a déclaré Million Belay, coordinateur général de l’AFSA, appelant à davantage de financements en faveur des solutions développées par les communautés agricoles.
Le premier rapport, intitulé « Requiem pour la Révolution verte en Afrique », a été publié le 17 août par Timothy A. Wise, chercheur senior à l’Institut pour le développement mondial et l’environnement de l’université Tufts.
Un second rapport consacré aux vingt années de données sur la révolution verte et aux alternatives agricoles doit être présenté le 24 août lors d’une conférence de presse réunissant chercheurs, agriculteurs et responsables communautaires.
Parmi les intervenants annoncés figurent notamment l’agricultrice sénégalaise Mariama Sonko, présidente du mouvement panafricain « Nous Sommes la Solution », actif dans sept pays d’Afrique de l’Ouest, ainsi que Timothy A. Wise et Million Belay.
La rencontre, modérée par l’universitaire et auteur Raj Patel, doit également présenter des expériences d’agriculteurs engagés dans des systèmes de production fondés sur l’agroécologie et une plus grande autonomie vis-à-vis des intrants industriels.