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La bataille africaine du lithium
La ruée mondiale vers les batteries électriques est en train de modifier la carte du marché du lithium, et l’Afrique commence à y occuper une place de plus en plus importante
 

(AfriquesPlus) - La ruée mondiale vers les batteries électriques est en train de modifier la carte du marché du lithium, et l’Afrique commence à y occuper une place de plus en plus importante. Dans un article publié ce 20 août 2026, Theresa Smith analyse pour ESI Africa la progression de la production africaine de lithium, portée par l’essor des véhicules électriques et du stockage d’énergie, mais encore largement dépendante des capitaux et des capacités industrielles étrangères.

Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) citées par l’article, la demande mondiale de lithium a atteint 275 000 tonnes en 2025, soit une hausse de 23 % sur un an. Le secteur automobile reste le principal moteur, avec une consommation liée aux véhicules électriques en progression de 20 %, à 170 000 tonnes. Le stockage sur batteries représente désormais 30 000 tonnes de demande.

Cette accélération profite directement aux producteurs africains. La production minière du continent a progressé de 44 % en 2025, portant sa part à environ 14 % de l’offre mondiale de lithium. ESI Africa souligne surtout l’ampleur du changement : la production africaine aurait été multipliée par 26 entre 2020 et 2025. Une évolution qui contribue à diversifier une chaîne d’approvisionnement encore dominée par l’Australie, la Chine et les pays du « triangle du lithium » sud-américain.

Cette montée en puissance ne signifie toutefois pas que l’Afrique maîtrise la chaîne de valeur. L’article relève au contraire une forte présence chinoise dans les nouveaux projets miniers : plus de 65 % des nouvelles capacités d’extraction de lithium en Afrique sont détenues par des entreprises dont le siège se trouve en Chine. Le continent risque donc de renforcer son rôle de fournisseur de minerai sans parvenir à capter une part comparable de la valeur créée dans la transformation et la fabrication des batteries.

La question de la transformation locale devient ainsi centrale. Le Zimbabwe a inauguré au premier semestre 2026 une usine de raffinage appartenant au groupe chinois Zhejiang Huayou, tandis que le Nigeria développe ses propres capacités de traitement. Dans l’État de Nasarawa, une usine mise en service en juillet peut traiter environ 6 000 tonnes de minerai par jour. Mais une partie du concentré à haute pureté produit doit encore être expédiée vers la Chine pour être transformée en matériaux destinés aux batteries.

« While Africa’s lithium mining is contributing to diversification of supply, there is also a reinforcement of dominance in refining, » relève ainsi l’article, qui met en évidence le paradoxe de cette nouvelle phase de l’industrie minière africaine : le continent augmente rapidement sa production, mais reste dépendant de l’étranger pour les étapes industrielles les plus sophistiquées.

Le Maroc apparaît cependant comme l’un des exemples les plus avancés de montée dans la chaîne de valeur. En juillet, la Banque africaine de développement a approuvé un financement de 100 millions d’euros en faveur de Gotion Power Morocco pour soutenir la construction d’une usine intégrée allant de la production de cathodes aux cellules de batteries lithium-fer-phosphate. Le projet, situé dans la zone franche de Rabat-Salé-Kénitra, doit démarrer avec une capacité pouvant atteindre 10 GWh avant de progresser à terme jusqu’à 100 GWh.

L’enjeu dépasse donc désormais la seule extraction. Pour l’Afrique, l’essor du lithium constitue une occasion de développer des capacités industrielles, technologiques et énergétiques autour des batteries et des véhicules électriques. Mais cette opportunité pourrait rester limitée si les pays producteurs continuent d’exporter principalement leur minerai et de dépendre d’acteurs étrangers pour le raffinage, les matériaux et les technologies.

La flambée des prix observée au début de 2026 illustre par ailleurs la nouvelle importance stratégique du lithium. Le prix du carbonate de lithium a presque doublé sur une courte période pour atteindre environ 20 000 dollars la tonne, dans un contexte de tensions sur l’offre, notamment après les restrictions imposées par le Zimbabwe sur les exportations de minerai brut et le durcissement des autorisations minières dans certaines régions chinoises.

Pour Theresa Smith, l’Afrique se trouve ainsi à un moment charnière. Le continent dispose désormais d’une ressource recherchée par l’industrie mondiale de l’électrification, mais doit encore transformer cet avantage géologique en avantage industriel. Car, comme le souligne l’analyse d’ESI Africa, « The end goal was never vessels for their own sake » - dans le cas du lithium, l’enjeu n’est pas simplement d’extraire davantage, mais de construire les capacités permettant à l’Afrique de participer aux segments les plus rémunérateurs de la nouvelle économie des batteries.

L’enjeu pour les États africains est donc de passer progressivement d’une logique d’exportation de minerais à une stratégie intégrée associant extraction, raffinage, fabrication de matériaux, production de cellules et développement des usages industriels. À défaut, la nouvelle ruée vers le lithium pourrait reproduire un schéma ancien : une Afrique riche en ressources, mais une valeur ajoutée captée principalement ailleurs.

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