(AfriquesPlus) – La fracture économique continue de se creuser en Afrique du Sud. C'est le principal enseignement du rapport Old Mutual Savings & Investment Monitor 2026, publié le 31 juillet et présenté par la journaliste Sheree Bega. L'étude met en évidence une progression inquiétante du stress financier, de l'endettement et du recours aux jeux d'argent parmi les travailleurs sud-africains.
Selon le rapport, 40 % des actifs déclarent aujourd'hui vivre une situation de stress financier élevé ou extrêmement élevé. Cette pression touche particulièrement les personnes gagnant moins de 30 000 rands par mois, confrontées à la hausse persistante du coût de la vie.
L'étude montre également une forte progression du recours au crédit. Près de deux travailleurs sur trois (64 %)disposent désormais d'un prêt personnel, contre 54 % un an plus tôt. Mais contrairement aux années précédentes, ces emprunts ne servent plus principalement à financer des achats de confort. Ils permettent avant tout de payer les dépenses essentielles du quotidien.
Plus d'un quart des personnes interrogées affirment avoir contracté un emprunt simplement pour boucler leurs fins de mois. D'autres expliquent avoir dû emprunter pour rembourser des dettes existantes, effectuer des réparations urgentes dans leur logement ou faire face à des dépenses imprévues. Dans 62 % des cas, le dernier crédit souscrit faisait suite à un choc financier inattendu.
Le rapport souligne ainsi l'émergence de deux Afrique du Sud. D'un côté, les ménages les plus aisés continuent d'épargner, d'investir et de préparer leur avenir. De l'autre, les foyers modestes s'enfoncent progressivement dans un cercle où inflation, endettement et difficultés financières se renforcent mutuellement.
Cette détérioration de la situation économique modifie également les comportements. Les jeux d'argent apparaissent de plus en plus comme une stratégie de survie plutôt que comme un simple loisir.
Aujourd'hui, 53 % des travailleurs sud-africains déclarent pratiquer une forme de jeu d'argent. Plus préoccupant encore, 42 % expliquent qu'ils jouent régulièrement afin de compléter leurs revenus ou de rembourser leurs dettes. Cette proportion atteint 52 % chez les salariés gagnant entre 8 000 et 15 000 rands par mois, soit la catégorie la plus vulnérable.
Les conséquences financières deviennent de plus en plus visibles. La part des travailleurs estimant que les jeux d'argent leur ont causé des difficultés financières est passée de 12 % en 2025 à 22 % en 2026. Chez les joueurs eux-mêmes, 41 %reconnaissent que cette pratique a aggravé leur situation économique.
La motivation principale n'est d'ailleurs plus le divertissement. Plus d'un joueur sur deux (53 %) affirme avoir commencé à jouer dans l'espoir de gagner un revenu supplémentaire. Seuls 31 % évoquent le plaisir ou le divertissement, tandis que 29 % disent avoir été initiés par leur entourage.
Les paris sportifs demeurent de loin la pratique la plus populaire, devant les machines à sous, la loterie nationale, les jeux de casino et les courses hippiques.
L'étude montre enfin que les jeunes adultes et les hommes sont les plus concernés. Près de six personnes sur dix âgées de 18 à 29 ans pratiquent des jeux d'argent, contre seulement quatre sur dix parmi les plus de 50 ans. Les hommes restent également plus nombreux que les femmes à jouer régulièrement.
Au-delà des statistiques, le rapport met en lumière une évolution préoccupante : pour une partie croissante de la population active, l'endettement et les jeux d'argent ne constituent plus des choix, mais des mécanismes de survie face à une dégradation persistante du pouvoir d'achat. Cette tendance illustre l'approfondissement des inégalités économiques dans un pays qui demeure l'un des plus inégalitaires au monde.