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Au Cameroun, la fabrique silencieuse des médecins chômeurs
Entre 60 et 70% des jeunes médecins camerounais sont aujourd'hui sans emploi, certains depuis près de cinq ans, tandis que près de 30% des diplômés choisissent l'exil chaque année
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=eDku-IibaTA

(AfriquesPlus) - Sept ans d'études, un concours d'entrée décrit comme "la magie", des dizaines de livres récités chaque année et, au bout du chemin, le chômage. C'est le portrait dressé par un reportage d'AJ+ Français, qui suit trois trajectoires de médecins diplômés camerounais devenus, faute de poste, éleveur de volailles, vendeur de chips ou exilée au Sénégal.

Entre 60 et 70% des jeunes médecins camerounais sont aujourd'hui sans emploi, certains depuis près de cinq ans, tandis que près de 30% des diplômés choisissent l'exil chaque année, selon les chiffres cités par AJ+ Français. Le paradoxe est frappant : pendant que des Camerounais meurent faute de soins ou d'accès à un spécialiste, la région de Bertoua — qui représente un quart du territoire national — ne compte que 31 médecins spécialistes, avec parfois un seul praticien pour 40 000 à 50 000 habitants dans les zones reculées.

Le président de l'Ordre national des médecins, le Dr Rodolphe Fonkoua, pointe une faille dans le calcul des besoins sanitaires du pays, loin des 2,5 médecins pour 1000 habitants recommandés par l'Organisation mondiale de la santé. Selon lui, il faudrait entre 10 et 15 ans pour combler ce déficit si tous les jeunes diplômés étaient employés sur place.

En cause, un gel du recrutement dans la fonction publique depuis 2020, imposé par des mesures d'austérité budgétaire liées au Fonds monétaire international. Résultat : sur environ 1000 nouveaux médecins diplômés chaque année, seuls 50 intègrent la fonction publique par concours, tandis que le secteur privé ne peut absorber les 950 restants. Un non-sens économique, puisque former un seul médecin coûte à l'État entre 20 et 50 millions de FCFA sur un cursus de sept ans.

Cette situation nourrit une précarisation croissante. Interrogé par AJ+ Français, le Dr Claudel Noubissie, de SOS Médecins Cameroun, décrit des jeunes praticiens sans revenu ni reconnaissance, contraints d'accepter des salaires de misère — parfois 50 000 FCFA par mois — faute d'alternative, sous la pression d'une concurrence de centaines de médecins prêts à travailler gratuitement. Une précarité qui, selon lui, alimente aussi bien l'exil que l'érosion de l'éthique professionnelle.

Depuis 2006, entre 25 et 30% des professionnels de santé formés au Cameroun ont déjà quitté le pays, et au moins 5000 médecins camerounais exercent aujourd'hui à l'étranger, principalement aux États-Unis, en France, en Belgique et au Royaume-Uni, selon l'Ordre national des médecins. Face à ce constat, le ministre de la Santé, le Dr Malachie Manaouda, était resté évasif en 2023 sur un éventuel retour à l'intégration automatique dans la fonction publique.

L'Ordre des médecins mise désormais sur l'entrepreneuriat médical, en partenariat avec des banques privées. Chaque année, un jeune médecin par région sera sélectionné pour ouvrir son propre cabinet, avec un financement remboursable de 5 à 7 millions de FCFA. Une mesure que le reportage d'AJ+ Français juge dérisoire face aux milliers de diplômés en attente d'un poste.

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