Skip to main content
Au Ghana, le débat s’ouvre sur la taxation des grandes fortunes
Alors que les petits commerçants et les travailleurs du secteur informel supportent une partie croissante des prélèvements, des économistes plaident pour une meilleure prise en compte du patrimoine dans l’effort fiscal.
 

(AfriquesPlus) - Le Ghana pourrait revoir son approche fiscale en accordant davantage de place à la taxation du patrimoine et des hauts patrimoines, alors que les petites entreprises et les travailleurs du secteur informel supportent déjà une partie importante de l’effort fiscal. Dans un article d’analyse publié le 11 août 2026 par la Ghana News Agency (GNA), le journaliste Philip Tengzu rapporte les arguments d’économistes en faveur d’un système davantage fondé sur la capacité réelle de contribution.

Le système fiscal ghanéen repose à la fois sur des impôts directs et indirects. L’impôt sur le revenu des personnes physiques est progressif, tandis que les entreprises sont imposées sur leurs bénéfices et que les consommateurs acquittent notamment la TVA et diverses taxes sur les biens et services. Ces dernières années, la Ghana Revenue Authority (GRA) a également engagé des réformes visant à élargir l’assiette fiscale dans le secteur informel, notamment à travers le Modified Taxation Scheme.

Mais selon le professeur Godfred A. Bokpin, économiste et professeur de finance cité par Philip Tengzu dans l’article de la GNA, cette architecture reste insuffisamment progressive dès lors qu’elle prend en compte l’ensemble des prélèvements supportés par les contribuables. Pour lui, un système qui impose principalement les revenus et les activités économiques tout en taxant relativement peu la richesse accumulée ne reflète pas pleinement le principe de capacité contributive.

Le professeur Bokpin estime ainsi que le Ghana pourrait s’inspirer de mécanismes appliqués dans d’autres pays pour imposer davantage les patrimoines importants. Il évoque notamment la possibilité de taxer annuellement la valeur nette des personnes disposant de patrimoines élevés. À titre illustratif, il estime qu’un patrimoine de 800 millions de dollars soumis à un prélèvement de 1 % générerait 8 millions de dollars de recettes annuelles.

Cette réflexion intervient alors que le poids des prélèvements sur les petites activités fait également débat. Dans le secteur informel, les commerçants acquittent notamment des droits de marché, des permis d’exploitation et différentes taxes locales. À Wa, dans le nord-ouest du Ghana, des commerçants interrogés par la GNA indiquent ainsi payer des prélèvements réguliers.

Au marché central de Wa, certains petits commerçants versent trois cedis par jour à l’assemblée municipale, soit environ 90 cedis par mois. Des exploitants de boutiques interrogés dans la même zone déclarent, eux, payer environ 15 cedis par mois. Si plusieurs commerçants estiment que ces montants restent supportables, le professeur Bokpin souligne que leur accumulation peut peser davantage sur les petits revenus, notamment lorsque les prélèvements sont acquittés avant même que les ventes ne génèrent un bénéfice.

L’enjeu ne serait donc pas seulement d’augmenter les recettes publiques, mais de mieux répartir l’effort fiscal. Pour le professeur Bokpin, une piste consiste à renforcer la fiscalité foncière et immobilière. Les propriétaires disposant de biens de valeur bénéficieraient généralement d’une capacité contributive supérieure et pourraient, selon lui, participer davantage au financement du développement local.

Une meilleure administration de la fiscalité immobilière pourrait également réduire la dépendance des collectivités locales vis-à-vis des transferts de l’État et limiter leur recours aux taxes quotidiennes imposées aux petits commerçants.

La question de la confiance entre contribuables et pouvoirs publics constitue un autre volet du débat. Selon le professeur Bokpin, cité par la GNA, l’adhésion à l’impôt dépend aussi de la perception qu’ont les citoyens de l’utilisation des ressources publiques. La réduction des fuites, de la corruption et des irrégularités dans la collecte des recettes locales pourrait ainsi contribuer à améliorer le consentement à l’impôt.

Pour Philip Tengzu, le débat ouvert au Ghana dépasse donc la seule question de la mobilisation de nouvelles recettes. Il porte sur la capacité du système fiscal à mieux tenir compte des écarts de revenus et de patrimoine. L’amélioration de la fiscalité foncière, la réduction des déperditions dans la collecte locale et une éventuelle contribution accrue des hauts patrimoines figurent parmi les pistes avancées pour rendre le dispositif plus équitable.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
ID
267
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3