.(Afriquesplus)- Le Burkina Faso, le Mali et le Niger franchissent une nouvelle étape dans leur coopération en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Réunis à Ouagadougou, le mardi 13 octobre 2026, les responsables des institutions universitaires de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont engagé des travaux visant à rapprocher les systèmes de formation et à structurer un espace universitaire commun.
Dans une dépêche publiée le même jour, l’Agence de presse APA rapporte que cette deuxième conférence des responsables de l’enseignement supérieur et de la recherche de l’AES est consacrée à l’harmonisation et à l’endogénéisation des systèmes universitaires. L’objectif affiché est de former des ressources humaines qualifiées, mieux adaptées aux besoins de développement des trois pays.
Harmoniser les formations et mutualiser les moyens
La démarche repose sur quatre grandes orientations : l’harmonisation des systèmes universitaires, la valorisation des savoirs endogènes, la mutualisation des capacités et des financements, ainsi que le développement de formations dans les secteurs stratégiques.
Pour les autorités de la Confédération, le rapprochement des cursus doit favoriser une meilleure cohérence entre les établissements d’enseignement supérieur et faciliter les collaborations scientifiques entre les trois pays. La mise en commun de certaines ressources pourrait également permettre de réduire les duplications, de partager les compétences disponibles et de renforcer les capacités des institutions universitaires.
Représentant le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, le ministre de l’Enseignement supérieur, Adjima Thiombiano, a souligné le rôle stratégique de la recherche et de l’innovation dans la construction de la souveraineté de l’AES. Selon lui, cette ambition se joue aussi bien dans les universités, les laboratoires et les centres d’innovation que dans les domaines de la défense et de la sécurité.
Les savoirs endogènes au cœur du projet
La valorisation des savoirs endogènes constitue l’un des axes majeurs de cette initiative. Elle vise à mieux intégrer les connaissances et les expériences locales dans les dispositifs de formation, de recherche et d’innovation.
Cette orientation ouvre la voie à une réflexion sur l’adaptation des programmes universitaires aux réalités économiques, sociales et culturelles des trois pays. Elle pose également la question de la capacité des établissements à produire des connaissances répondant aux besoins des populations, tout en développant des compétences scientifiques et technologiques propres.
Le ministre nigérien de l’Enseignement supérieur, Saïdou Mamadou, a notamment appelé les universités à contribuer davantage à la résolution des problèmes concrets auxquels les sociétés sahéliennes sont confrontées. Il a cité les enjeux de sécurité, de santé publique, de changement climatique, d’énergie et de transformation des ressources agricoles et minières.
L’ambition consiste ainsi à rapprocher les priorités de la recherche des besoins de développement et à renforcer les liens entre les universités, les secteurs productifs et les pouvoirs publics.
Six documents de travail soumis aux participants
Les échanges de Ouagadougou portent notamment sur six documents de travail, dont certains concernent l’harmonisation des régimes d’études et le renforcement de la coopération scientifique. Ces textes doivent contribuer à définir les modalités pratiques du rapprochement des systèmes universitaires.
À l’issue de la conférence, des accords stratégiques sont attendus afin de structurer la coopération universitaire, scientifique et technologique entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Leur contenu précis et leur calendrier d’application devront déterminer les avancées concrètes du projet.
La participation du Togo à la cérémonie d’ouverture témoigne également de l’intérêt porté à cette initiative au-delà des trois États membres de l’AES. Le pays était représenté lors de cette rencontre, sans être présenté comme membre de la Confédération.
De l’ambition politique à la mise en œuvre
La création d’un espace universitaire commun représente un chantier important, dont la réussite dépendra de la capacité des trois États à traduire leurs orientations en mécanismes opérationnels. L’harmonisation des diplômes et des cursus, la reconnaissance des parcours, la mobilité des étudiants et des enseignants ainsi que le financement des programmes de recherche figurent parmi les enjeux pratiques à prendre en compte.
La mutualisation des équipements, des compétences et des ressources financières pourrait également contribuer au développement de pôles de recherche capables de répondre aux priorités communes.
Au-delà des déclarations d’intention, la portée de cette initiative se mesurera donc aux décisions adoptées, aux moyens mobilisés et aux résultats obtenus par les établissements concernés. Pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger, l’enjeu est de faire de l’enseignement supérieur et de la recherche des instruments d’intégration régionale, de développement et d’autonomie scientifique.