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Climat, la guerre d’influence entre Washington et Pékin met l’Afrique à l’épreuve
La rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine pourrait compliquer davantage la transition énergétique de l’Afrique, en faisant du continent un terrain de compétition géopolitique au détriment des objectifs climatiques
 

(AfriquesPlus) - La rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine pourrait compliquer davantage la transition énergétique de l’Afrique, en faisant du continent un terrain de compétition géopolitique au détriment des objectifs climatiques. C’est l’analyse développée par Dhesigen Naidoo, chercheur associé au Climate Risk and Human Security Project de l’Institute for Security Studies (ISS) à Pretoria, dans un article publié le 14 août 2026 dans ISS Today, sous le titre « US-China rivalry puts Africa’s climate diplomacy to the test ».

Selon l’auteur, les tensions entre Washington et Pékin interviennent alors que la lutte contre le changement climatique, notamment le développement des énergies renouvelables et des technologies bas carbone, nécessite davantage de coopération internationale. La confrontation entre les deux puissances risque au contraire de fragmenter les efforts mondiaux et de ralentir la transition énergétique, avec des conséquences particulièrement importantes pour les pays africains.

Naidoo rappelle que les trajectoires climatiques de Washington et de Pékin sont devenues de plus en plus divergentes. Alors que les États-Unis ont alterné engagements et retraits des principaux accords climatiques internationaux, notamment sous les administrations de Donald Trump et de Joe Biden, la Chine a maintenu une stratégie plus constante. Pékin s’est notamment fixé des objectifs de réduction de l’intensité carbone, de plafonnement des émissions avant 2030 et de neutralité carbone à l’horizon 2060.

Cette différence d’approche se traduit également par les investissements. Entre 2020 et 2024, la Chine aurait investi 33 milliards de dollars dans des projets énergétiques dans 30 pays africains, pour une capacité annoncée de 32 GW, principalement dans les énergies renouvelables. Les États-Unis avaient de leur côté développé leur influence à travers Power Africa, lancée sous Barack Obama en 2013, qui avait mobilisé 29 milliards de dollars supplémentaires et contribué à financer 150 projets représentant 15,5 GW de capacité électrique.

Le recul américain sous la seconde administration Trump modifie toutefois cet équilibre. Le démantèlement de l’USAID et l’abandon de plusieurs engagements américains, dont Power Africa et le partenariat pour une transition énergétique juste en Afrique du Sud, réduisent la contribution de Washington à la transition énergétique du continent. Pour l’auteur, cette évolution pourrait favoriser le retour des investissements dans les énergies fossiles et ralentir la trajectoire africaine vers une économie moins carbonée.

L’Afrique se retrouve ainsi confrontée à un double dilemme. Sur le plan diplomatique, elle doit tirer parti de la compétition entre grandes puissances sans devenir prisonnière de leurs rivalités. Sur le plan économique, elle doit simultanément répondre à l’urgence de l’accès universel à l’énergie, réduire sa pauvreté énergétique et soutenir son industrialisation, tout en évitant de s’enfermer dans un modèle fondé sur les combustibles fossiles.

L’auteur estime que l’Union africaine et les États membres devront donc faire preuve d’un important savoir-faire diplomatique pour maintenir leurs ambitions climatiques tout en diversifiant leurs partenariats. La compétition internationale peut en effet représenter une source de financements et de technologies, à condition que les pays africains puissent conserver une capacité de décision autonome.

Naidoo souligne enfin que le continent dispose d’une marge de manœuvre importante grâce à son potentiel en matière d’énergies renouvelables. Le développement de ces capacités pourrait permettre à l’Afrique de « sauter » l’étape d’une industrialisation fortement dépendante des énergies fossiles et de construire directement un système énergétique davantage fondé sur les renouvelables.

L’enjeu dépasse donc la seule question climatique. Pour l’Afrique, la transition énergétique apparaît également comme une question de souveraineté, d’industrialisation et de positionnement géopolitique dans un monde où la rivalité entre Washington et Pékin redessine progressivement les rapports de puissance.

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