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Comment le Nigeria a payé 9 millions de dollars pour se réconcilier avec Trump
Menacé de sanctions après avoir été accusé de persécuter les chrétiens, Abuja a mobilisé un puissant cabinet de lobbying à Washington. Un pari coûteux, mais qui a spectaculairement porté ses fruits
 

(AfriquePlus) - Le 5 février, lors du traditionnel petit-déjeuner de prière national à Washington, Donald Trump a réservé des mots inhabituellement chaleureux au Nigeria, décrivant la Première dame nigériane Remi Tinubu comme « une personne très respectée », selon un article de David Pilling publié dans le Financial Times ce mercredi 5 août 2026. Un revirement spectaculaire, quelques semaines seulement après que le président américain avait qualifié le pays de « déshonoré » pour ses « atrocités horribles » contre les chrétiens, avant de frapper des cibles jihadistes le jour de Noël.

Ce basculement doit beaucoup à un contrat de 9 millions de dollars par an signé avec DCI Group, l'un des accords de lobbying les plus coûteux jamais conclus par un pays africain, rapporte le Financial Times. C'est précisément ce cabinet qui avait orchestré la venue de la Première dame nigériane à Washington durant la semaine du petit-déjeuner de prière, un coup si payant qu'un observateur washingtonien l'a surnommé le « shout-out à 9 millions de dollars ». 

Phillip van Niekerk, du cabinet de conseil Calabar Africa, résume la logique de cette stratégie : « étant donné la façon dont cette administration se comporte, vous pouvez contourner le Congrès et tout le reste. Donc 9 millions de dollars pourraient bien valoir le coup ».

Ce contrat suscite une vive polémique en interne, l'opposition s'interrogeant sur l'origine des fonds. Bolaji Abdullahi, cadre du parti d'opposition African Democratic Congress, qualifie l'accord de « scandaleux », y voyant une tentative du gouvernement de « blanchir son image ternie à l'étranger plutôt que de s'attaquer aux crises sécuritaires et économiques croissantes ».

Les retombées de cette diplomatie de couloir sont tangibles. Washington a livré pour plus d'un milliard de dollars d'armement au Nigeria et déployé 200 conseillers militaires sur place, tandis qu'une opération conjointe a permis en mai d'éliminer un haut responsable présumé de l'État islamique. 

Mais l'équilibre reste précaire. En juillet, la Chambre des représentants américaine a approuvé un amendement visant à suspendre toute aide au pays tant qu'il ne prendrait pas de mesures efficaces contre ce que le Congrès qualifie de « massacre des chrétiens ». Un ancien responsable du département d'État résume l'ampleur du retournement opéré : « nous sommes passés des canons qui tonnent à une frappe conjointe un mois plus tard, jusqu'à la situation actuelle ».

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