(AfriquesPlus) - La Côte d’Ivoire célèbre, vendredi 7 août 2026, le 66e anniversaire de son indépendance avec une économie devenue l’une des plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest. Mais derrière les performances macroéconomiques et les investissements qui ont profondément transformé le pays, Abidjan reste confronté à un enjeu central : faire en sorte que la croissance améliore davantage les conditions de vie de l’ensemble de la population.
Dans une analyse publiée le 6 août 2026, l’Agence ivoirienne de presse (AIP), sous la signature d’Alain Zagadou, souligne ce paradoxe entre la progression de l’économie ivoirienne et l’importance des attentes sociales. Selon les données de la Banque mondiale citées par l’agence, le pays a enregistré une croissance de 6 % de son PIB en 2024, portée notamment par l’investissement privé et les services, avec des perspectives de croissance soutenue à moyen terme.
Cette dynamique a progressivement éloigné la Côte d’Ivoire de son modèle historique fondé principalement sur l’agriculture d’exportation. Le cacao reste un pilier majeur, le pays étant le premier producteur mondial, mais l’économie s’appuie désormais également sur les infrastructures, l’énergie, les télécommunications, les hydrocarbures et les services. Avec un PIB estimé à près de 100 milliards de dollars en 2025 et une population de plus de 32 millions d’habitants, le pays s’est imposé comme un poids lourd économique régional.
Cette croissance ne suffit toutefois pas à répondre à toutes les attentes. L’accès à l’emploi, le coût de la vie, le logement, la santé et l’éducation restent au cœur des préoccupations d’une partie de la population. La Banque mondiale estime notamment que la réduction durable de la pauvreté passe par une croissance plus inclusive, capable de générer davantage d’emplois productifs et de renforcer la qualité des services publics.
L’emploi des jeunes constitue, à ce titre, l’un des principaux défis des prochaines années. Dans un pays à la population jeune, l’arrivée continue de nouveaux actifs sur le marché du travail impose de dépasser une logique fondée uniquement sur l’augmentation du PIB. L’enjeu est désormais de développer des emplois stables et qualifiés, notamment à travers l’industrie, la formation professionnelle et l’entrepreneuriat.
La transformation des matières premières apparaît également comme un levier déterminant. Après des décennies marquées par l’exportation de produits agricoles, la Côte d’Ivoire cherche à accroître la transformation locale du cacao, de l’anacarde, du coton et des ressources minières. L’objectif est de conserver davantage de valeur ajoutée sur le territoire et de créer des emplois dans les chaînes de production.
Cette transformation structurelle devra toutefois composer avec les contraintes des finances publiques. La modernisation des infrastructures, des réseaux énergétiques, des établissements scolaires et sanitaires ainsi que des infrastructures numériques nécessite des investissements considérables. Si la Côte d’Ivoire continue de bénéficier de la confiance des investisseurs et d’une trajectoire économique jugée solide, la mobilisation des recettes fiscales demeure un enjeu pour financer durablement les politiques publiques.
À l’occasion de ce 66e anniversaire, la question posée dépasse donc les seuls indicateurs de croissance. Il s’agit désormais de savoir comment convertir les performances économiques en progrès sociaux plus largement partagés, en réduisant les inégalités, en renforçant le capital humain et en améliorant les perspectives offertes à la jeunesse.
Dans son analyse publiée jeudi, l’AIP estime ainsi que le prochain chapitre du développement ivoirien se jouera moins sur la seule capacité à maintenir une croissance élevée que sur celle à faire émerger une « prospérité partagée ». Soixante-six ans après 1960, le nouveau contrat de développement ivoirien semble ainsi se dessiner autour d’un impératif : passer d’une économie de croissance à une économie capable d’en redistribuer davantage les bénéfices.