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Cuba, le petit-fils de Raúl Castro au cœur des tractations avec Trump
Ancien garde du corps de son grand-père, le quadragénaire est désormais impliqué dans les discussions entre La Havane et l’administration Trump. Mais son ascension est assombrie par des accusations de liens avec un vaste réseau de contrebande...
 

(AfriquesPlus) - Raúl G. Rodríguez Castro, petit-fils de l’ancien président cubain Raúl Castro, s’est imposé comme un interlocuteur de premier plan dans les discussions engagées entre La Havane et l’administration de Donald Trump. Sans exercer officiellement de fonction gouvernementale, cet ancien garde du corps de son grand-père serait désormais considéré, selon des sources citées par le New York Times, comme un possible candidat à la succession à la tête de Cuba.

Dans une enquête publiée le 11 août 2026 et mise à jour le 12 août, les journalistes David C. Adams et Frances Robles retracent l’ascension de celui qui était encore largement inconnu du grand public il y a quelques années. Le quotidien américain souligne notamment son rôle dans les contacts avec de hauts responsables de l’administration Trump, dont le directeur de la CIA John Ratcliffe et le secrétaire d’État Marco Rubio.

Cette montée en puissance intervient alors que Cuba cherche à négocier avec Washington la fin ou l’allègement des sanctions américaines. Rodríguez Castro aurait participé à ces discussions après que La Havane a engagé cette année des contacts secrets avec les États-Unis. Son influence surprend toutefois certains responsables cubains, qui le considéraient auparavant principalement comme le garde du corps et l’assistant personnel de son grand-père.

À 42 ans, « Raulito », également surnommé « el Cangrejo », est présenté comme un membre particulièrement privilégié de l’élite cubaine. Fils de Déborah Castro Espín, la fille aînée de Raúl Castro, et du défunt général Luis Alberto Rodríguez López-Calleja, il appartient à une famille au cœur de l’appareil politique, militaire et économique cubain. Son père a notamment joué un rôle majeur dans la mise en place de GAESA, le puissant conglomérat économique contrôlé par l’armée cubaine.

Son parcours est toutefois marqué par une controverse judiciaire aux États-Unis. Selon le New York Times, son nom est apparu dans une enquête fédérale visant un réseau de trafiquants connu sous le nom de « Cuban Mafia in Quintana Roo », du nom de l’État mexicain où l’organisation était implantée. Le réseau faisait sortir clandestinement des Cubains vers le Mexique et faisait entrer à Cuba des marchandises acquises illégalement.

Deux membres du réseau, José Miguel González Vidal et Reynaldo Crespo Márquez, condamnés à de lourdes peines de prison après avoir plaidé coupable ou coopéré avec les autorités américaines, ont mis en cause Rodríguez Castro. D’après des personnes familières du dossier et des documents judiciaires consultés par les journalistes, il aurait facilité les déplacements du réseau à Cuba et bénéficié de cadeaux en échange d'une protection contre les contrôles des garde-côtes et des douanes cubaines.

Les accusations portent notamment sur la réception présumée d’un bateau à moteur de haute performance, d’une montre Rolex, d’une moto Suzuki et de vêtements Louis Vuitton. Les marchandises auraient ensuite été écoulées dans des magasins appartenant à l’État cubain. Des messages et messages vocaux extraits des téléphones de membres du réseau auraient également étayé certains témoignages, selon les sources citées par le quotidien américain.

Rodríguez Castro n’a toutefois pas été inculpé dans cette affaire. Le département américain de la Justice a refusé de commenter son éventuel statut dans l’enquête. Le quotidien précise que son enquête repose sur des documents judiciaires et des entretiens avec près d’une douzaine de personnes connaissant directement le petit-fils de Raúl Castro ou au fait de l’enquête criminelle.

Les autorités cubaines rejettent catégoriquement ces accusations. Le vice-ministre cubain des Affaires étrangères, Carlos R. Fernández de Cossío, les a qualifiées de « calomnies » dans un entretien accordé au New York Times. Il a reconnu l’existence de réseaux de trafic de migrants cubains à travers le Mexique et l’Amérique centrale, tout en niant tout lien avec le gouvernement cubain.

La proximité de Rodríguez Castro avec le pouvoir américain constitue un élément particulièrement notable de son ascension. Selon le quotidien, un responsable américain proche des discussions entre Washington et La Havane estime que son goût affiché pour les biens matériels pourrait être perçu comme un signe d’ouverture aux idées capitalistes. Rodríguez Castro lui-même a reconnu, dans une interview accordée à USA Today, bénéficier de l’aide d’« amis et admirateurs fortunés » pour financer notamment ses vêtements, ses véhicules et certains voyages à l’étranger.

Son parcours tranche avec l’image traditionnelle de la nomenklatura révolutionnaire. Petit-fils de Raúl Castro et arrière-petit-fils d’une héritière de la fortune Bacardi, il a grandi dans les cercles les plus privilégiés du régime. Il a étudié l’économie à l’Université de La Havane et a accompagné son grand-père dans de nombreux déplacements et rencontres officielles, notamment lors de rendez-vous avec le pape François.

Pendant des années, il s’est surtout fait remarquer pour sa vie mondaine, ses apparitions dans des vidéos de fêtes et ses relations avec des figures de la scène musicale cubaine. Cette image aurait toutefois progressivement évolué. Arturo Lopez-Levy, chercheur à l’Université de Denver et cousin éloigné de Rodríguez Castro, estime que sa relation avec Raúl Castro est passée de celle d’un jeune homme immature à celle d’un proche disposant désormais d’une véritable connaissance politique et d’un accès direct aux cercles du pouvoir.

Cette proximité est d’autant plus importante que Raúl Castro, âgé de 95 ans, demeure, malgré son retrait des fonctions officielles, l’une des figures les plus puissantes du système cubain. Son petit-fils aurait ainsi assisté à une grande partie de ses réunions au fil des années, accumulant une connaissance directe des mécanismes du pouvoir et des réseaux politiques cubains.

Reste à savoir si cette influence peut se transformer en succession politique. Des personnes ayant échangé avec Rodríguez Castro affirment qu’il ne cache pas son ambition de devenir un jour président de Cuba. Mais cette perspective demeure incertaine, notamment parce que son éventuel soutien au sein de l’appareil communiste cubain n’est pas établi.

Pour David C. Adams et Frances Robles, l’ascension de Rodríguez Castro illustre en tout cas la manière dont le pouvoir cubain continue de s’organiser autour des réseaux familiaux et personnels. L’ancien garde du corps devenu interlocuteur de Washington pourrait ainsi se retrouver au centre des tractations sur l’avenir de l’île, alors même que son nom reste associé à de graves accusations qu’il n’a, à ce jour, pas été formellement poursuivi pour avoir commises.

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