(AfriquesPlus) - Deuxième volet de la série « Chefs d'État africains en exil » publiée par Le Monde, cet article signé Noé Hochet-Bodin, paru le 13 juillet 2026, retrace le destin de Mengistu Hailé Mariam, ancien dictateur éthiopien de 89 ans, retranché depuis trente-cinq ans dans une villa de la capitale zimbabwéenne.
Dans une impasse cossue du quartier de Gunhill à Harare, fortement gardée par la police, se cache l'homme au « plus long exil politique pour un chef d'État africain », selon Le Monde. Ancien colonel de la junte militaire du Derg, au pouvoir de 1977 à 1991, Mengistu a fui l'Éthiopie le 21 mai 1991 à bord d'un petit avion, alors que sa capitale tombait aux mains des rebelles tigréens et érythréens. Il a depuis été condamné à mort par contumace en 2008 pour « actes de génocide », à l'issue d'un procès-fleuve de douze ans surnommé le « Nuremberg africain ».
Le journal rappelle le bilan de son règne, dominé par la « terreur rouge » de 1977-1978, qui aurait coûté la vie à plusieurs centaines de milliers d'Éthiopiens. Une répression que l'ancien despote n'a jamais reniée : « Le prétendu génocide était une guerre menée en défense de la révolution », déclarait-il dans son unique interview accordée en 1999. La journaliste éthiopienne Genet Ayele, qui a pu l'approcher, confie au Monde : « Il pense sincèrement qu'il a énormément contribué au développement de son pays et que les Éthiopiens sont ingrats. »
Le Monde détaille aussi les liens de Mengistu avec son hôte, l'ancien président zimbabwéen Robert Mugabe, remontant à la formation militaire des combattants de la ZANU par l'Éthiopie socialiste dans les années 1970. Un ancien agent du renseignement zimbabwéen, cité anonymement, affirme que l'exilé a même conseillé les autorités locales lors de l'opération « Murambatsvina » de 2005, qui avait déplacé de force 300 000 personnes.
L'article évoque enfin la vie recluse de l'ancien dictateur, entre dépression initiale, passion tardive pour le golf, tentative d'assassinat déjouée en 1995, et refus obstiné de tout retour en Éthiopie, même lorsque son ancien ministre des Affaires étrangères a bénéficié d'une amnistie en 2018. Furieux qu'une photo de lui vieilli ait fuité en 2019, il aurait confié à un visiteur : « Je ne veux pas que les Éthiopiens me voient vieillir, je veux qu'ils gardent l'image du jeune colonel que j'étais. »