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Décès de Cheikh Hamidou Kane, une figure majeure de la littérature africaine s’éteint
L’écrivain et ancien ministre du Développement industriel, puis du Plan, Cheikh Hamidou Kane, l’un des grands penseurs de l’histoire littéraire sénégalaise, est décédé samedi à Dakar à l’âge de 98 ans
 

L’écrivain et ancien ministre du Développement industriel, puis du Plan, Cheikh Hamidou Kane, l’un des grands penseurs de l’histoire littéraire sénégalaise, est décédé samedi à Dakar à l’âge de 98 ans. Il a été enterré le lendemain au cimetière musulman de Yoff, après une cérémonie d’hommage au centre hospitalier national universitaire de Fann.

L’auteur de L’Aventure ambiguë (publié en 1961), un classique de la littérature africaine francophone récompensé par le Grand Prix littéraire d’Afrique noire en 1962, et de Les Gardiens du temple (1995) a laissé derrière lui «l’héritage d’un parcours exceptionnel, marqué à la fois par son engagement au service de l’Etat et par sa contribution majeure au rayonnement de la littérature africaine». Né le 2 avril 1928 à Matam, Cheikh Hamidou Kane a effectué un brillant parcours académique entre le Sénégal et la France. Il obtient des licences en droit, en lettres et en philosophie à la Sorbonne, avant d’être diplômé de l’Ecole nationale de la France d’outre-mer en 1956.

Au lendemain de l’indépendance, il occupe plusieurs hautes fonctions administratives et politiques. Il est notamment gouverneur de Thiès, puis commissaire général avant d’être nommé ministre du Plan en 1962. Il quitte ce poste dans le contexte de la crise politique opposant le président Léopold Sédar Senghor au président du Conseil, Mamadou Dia.

Sur la scène internationale. Cheikh Hamidou Kane devient directeur régional de l’Unicef pour l’Afrique occidentale et centrale, à Lagos puis à Abidjan, avant d’occuper les fonctions de vice-président du Centre de recherches pour le développement international à Ottawa.
Infatigable, de retour au Sénégal, il prend la direction de Dakar-Marine et s’investit dans la société civile, notamment au sein d’Enda Tiers-Monde. Il réintègre ensuite le gouvernement en qualité de ministre du Développement industriel, puis ministre du Plan et de la Coopération, fonctions qu’il exerce jusqu’en 1988.

En littérature, son œuvre «l’inscrit définitivement dans la postérité». Publié en 1961 et couronné par le Grand Prix littéraire d’Afrique noire, son roman L’Aventure ambiguë «s’impose comme une œuvre majeure de la littérature africaine francophone. A travers le destin de Samba Diallo, l’auteur y explore avec profondeur la quête identitaire, le rapport à la foi ainsi que le déchirement entre tradition et modernité occidentale».

Il était «une lumière dans notre mémoire»

L’Aventure ambiguë raconte le parcours de Samba Diallo, jeune Peul arraché à l’enseignement rigoureux du maître coranique Thierno pour être envoyé à l’école française, puis à Paris. Ce déplacement, à la fois géographique et spirituel, cristallise la question centrale du livre : que gagne et que perd une société africaine lorsqu’elle épouse les outils intellectuels de l’ancien colonisateur ? Le roman, couronné par le Grand Prix littéraire d’Afrique noire en 1962, a été traduit dans de nombreuses langues.

Soixante ans après sa parution, le texte garde une portée politique directe. Les débats contemporains sur la souveraineté culturelle, la place des langues nationales dans l’enseignement, la refondation du franc CFA ou le rapatriement des biens culturels africains puisent, consciemment ou non, dans la grammaire posée par Cheikh Hamidou Kane. L’écrivain avait transformé une interrogation personnelle en matrice collective, saisie aujourd’hui par les nouvelles générations panafricanistes du Sahel.

Il confirme son empreinte intellectuelle avec la publication, en 1995, de Les Gardiens du temple, œuvre dans laquelle il poursuit sa réflexion sur les mutations de la société africaine et les défis liés à l’héritage culturel.

Récipiendaire de plusieurs distinctions prestigieuses, dont le Grand Prix des mécènes en 2019 et le Grand Prix du chef de l’Etat pour les lettres, Cheikh Hamidou Kane a également vu son nom honoré de son vivant. L’Université virtuelle du Sénégal a notamment été rebaptisée Université numérique Cheikh Hamidou Kane en hommage à cette grande figure de la littérature et du service public.

A 98 ans, Cheikh Hamidou Kane laisse derrière lui une œuvre littéraire et un parcours administratif qui auront profondément marqué l’histoire intellectuelle et institutionnelle du Sénégal. Avec sa disparition, c’est une figure majeure de la littérature africaine qui s’en va.

L’Aventure ambiguë

Bassirou Diomaye Faye, le chef de l’Etat sénégalais, s’est exprimé en hommage à Cheikh Hamidou Kane : «Avec L’Aventure ambiguë, il a donné à des générations d’Africains les mots pour penser une question qui nous habite encore, celle de s’ouvrir au savoir du monde sans rien perdre de ce que nous sommes. Ministre de la République, il a aussi servi le Sénégal avec dévouement.» Macky Sall, l’ancien président de la République du Sénégal, lui rend un vibrant hommage en des termes émouvants : «J’ai appris avec une profonde tristesse le rappel à Dieu de Cheikh Hamidou Kane, écrivain de talent et grande figure intellectuelle du Sénégal et de l’Afrique. Avec L’Aventure ambiguë, il nous laisse un legs majeur qui continuera d’éclairer notre réflexion sur l’identité, la culture et notre rapport au monde. Son parcours au service de l’Etat et son engagement intellectuel resteront également gravés dans notre mémoire collective.»
Le président de la République du Bénin, Romuald Wadagni, a salué la mémoire d’une «figure de la génération des indépendances et l’héritage de l’auteur de L’Aventure ambiguë».

Le journal panafricain Financial Afrik a écrit : «C’est un géant de la littérature africaine qui s’en est allé. Traduit dans une quarantaine de langues, son roman L’Aventure ambiguë est devenu un classique de la littérature africaine francophone.»

Pour Le Monde Afrique, il relève que «l’ouvrage (L’Aventure ambiguë) est étudié depuis des décennies dans de nombreux lycées, collèges et universités à travers le continent africain».
Pour Le Soleil, quotidien sénégalais, «Cheikh Hamidou Kane était une lumière dans notre mémoire. L’Aventure ambiguë apparaît comme bien plus qu’un roman. C’est l’œuvre d’une éternité entrée à jamais dans l’histoire, son auteur avec.  En écrivant ce livre,  Il pose une question qui n’a pas vieilli : que garde-t-on de soi quand on apprend le monde des autres ?»

Une question toujours d’actualité… Même mort, Cheikh Hamidou Kane nous incite à réfléchir. Perpétuellement. Paix à son âme !

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