(AfriquesPlus) - Le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Karamo Kaba, estime que les conditions économiques et institutionnelles ne sont pas encore réunies pour permettre à la Guinée d’adopter l’Eco, la future monnaie unique envisagée par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Il met notamment en avant les difficultés liées aux critères de convergence, aux mécanismes de solidarité entre États et à la gouvernance de la future banque centrale régionale.
Le gouverneur s’exprimait mardi 11 août 2026 lors d’une conférence de presse consacrée notamment à l’accord conclu entre la Guinée et le Fonds monétaire international (FMI), qui doit permettre au pays d’accéder à environ 425 millions de dollars. Interrogé sur le choix de Conakry de conserver le franc guinéen, Karamo Kaba l’a clairement approuvé.
« Par rapport à l’Eco, effectivement, la Guinée, par la voie du Président, a décidé de rester au niveau du franc guinéen. Et très sincèrement, je pense que c’est une très bonne décision que le Président a prise », a-t-il déclaré.
Dans un article publié mercredi 12 août 2026, le journaliste Alhassane Bah, de Guinee News, rapporte que le gouverneur fonde principalement sa position sur l’état actuel des économies ouest-africaines et sur les difficultés persistantes à satisfaire les critères de convergence nécessaires à la création d’une monnaie commune.
Des critères de convergence encore difficiles à respecter
Pour Karamo Kaba, l’échéance de 2027 souvent évoquée pour la mise en circulation de l’Eco ne signifie pas que les conditions sont réunies pour franchir cette étape. « Tout le monde dit qu’on va aller à l’Eco en 2027. Non, personne n’a intérêt à y aller », a-t-il soutenu, en invitant à examiner la situation des différents pays au regard des critères de convergence.
Selon le gouverneur de la BCRG, le Bénin serait actuellement le seul pays de la région à satisfaire l’ensemble de ces critères. La Guinée, pour sa part, en respecterait trois, mais resterait en difficulté sur le critère relatif au déficit.
Ces critères de convergence constituent un préalable important au projet de monnaie unique de la CEDEAO. Leur objectif est de rapprocher les performances macroéconomiques des États membres afin de limiter les déséquilibres susceptibles de fragiliser une future union monétaire.
Le gouverneur estime toutefois que la convergence des indicateurs économiques ne suffirait pas à garantir la viabilité d’une monnaie commune. Il juge nécessaire de prévoir des mécanismes permettant de redistribuer les ressources entre les pays confrontés à des déficits et ceux disposant d’excédents.
« Il faut un mécanisme de transfert entre les États qui ont des déficits et ceux qui ont des excédents. Si vous avez la même monnaie et que vous n’avez pas ce transfert-là, ça va être très compliqué », a-t-il averti.
Une telle architecture serait particulièrement importante dans une union monétaire où les États membres ne disposeraient plus de l’ensemble de leurs instruments nationaux de politique monétaire. Les mécanismes de transferts et de solidarité peuvent alors jouer un rôle d’amortisseur lorsque les économies membres sont frappées par des chocs différents.
Au-delà des critères économiques, Karamo Kaba s’interroge surtout sur la gouvernance de la future banque centrale commune. Le passage à l’Eco impliquerait, selon lui, que la Guinée abandonne une partie de la maîtrise de sa politique monétaire au profit d’une institution supranationale.
« Aujourd’hui, vous avez une Guinée qui détient à 100 % sa banque centrale. Demain, vous allez mettre en place une banque centrale fédérale », a-t-il expliqué.
Le gouverneur estime que le poids économique et démographique des différents États, ainsi que leurs réserves de change, pourraient déterminer leur influence au sein de cette future institution. Dans cette configuration, le Nigeria disposerait selon lui d’un poids prépondérant.
Karamo Kaba avance même l’hypothèse d’une influence nigériane d’au moins 60 % au sein de la future banque centrale régionale, tandis que la participation de la Guinée pourrait être inférieure à 5 %. Il s’en sert pour interroger l’intérêt, pour Conakry, de renoncer à une banque centrale dont elle détient aujourd’hui entièrement le contrôle.
« Pourquoi quitter une banque centrale où vous avez 100 % pour aller vers une banque centrale où vous n’aurez que 5 % ? », s’est-il interrogé.
À ce stade, le gouverneur considère donc que le maintien du franc guinéen demeure la meilleure option pour la Guinée. Sa position ne ferme toutefois pas la porte au projet régional : il défend plutôt une démarche progressive permettant à Conakry de poursuivre les discussions avec les autres pays ouest-africains avant toute décision d’adhésion à une éventuelle monnaie commune.