(AfriquesPlus) - Une population jeune, la plus dynamique de la planète, et des économies en croissance rapide. Sur le papier, l’Afrique réunit tout ce qu’un groupe mondial peut rechercher. Dans une enquête publiée le 11 octobre, les journalistes de Bloomberg Loni Prinsloo, Antony Sguazzin et Nduka Orjinmo en tirent pourtant une leçon, à partir de l’expérience du transport à la demande : ces atouts ne se traduisent pas automatiquement par une vaste classe de consommateurs aisés.
Le constat vaut pour toute la région, écrivent-ils. Avec 238 millions d’habitants, le Nigeria ne comptait pas assez de personnes en mesure de payer les tarifs d’un service premium. Sur une grande partie du continent, de faibles revenus disponibles obligent les entreprises à contenir leurs prix, alors même qu’elles font face à des coûts d’exploitation élevés, à des devises volatiles et à un environnement difficile.
Charlie Robertson, conseiller économique en chef d’Equity Group Holdings, avance un repère : le marché accessible d’une offre de ce type commence selon lui autour de 2 500 dollars de PIB par habitant. Les multinationales, comme d’autres avant elles, ont pu confondre l’expansion rapide des économies africaines et l’enrichissement des individus, estime-t-il. La forte croissance démographique, rappelle-t-il, maintient les revenus à un niveau modeste.
Les enquêtes menées par Sagaci Research en 2023 et 2024 auprès de plus de 19 000 personnes vont dans le même sens : les revenus les plus élevés utilisent davantage les applications de transport, ce qui ouvre un marché plus grand dans les pays les plus riches.
Deepesh Thomas, directeur général d’Uber pour l’Afrique subsaharienne et le Maroc, en tire l’enseignement suivant : « L’accessibilité financière compte sur les marchés africains de la mobilité. L’accessibilité pour les clients et l’économie des chauffeurs sont liées. Une place de marché doit fonctionner pour les deux côtés. »
Les journalistes soulignent que la qualité et la sécurité sont des différences réelles, mais difficiles à monnayer là où le prix est souvent le premier critère. Obong Scott, spécialiste du marketing digital de 27 ans à Lagos, l’illustre : lui et ses amis ont choisi des services moins chers, « même s’ils avaient des voitures moins confortables ». « Les prix n’étaient pas drôles, surtout quand on a un budget. »
Pour Simo Kalajdzic, responsable de Bolt en Afrique du Sud, il faut tenir compte du comportement de paiement, de l’accès aux véhicules et de la capacité financière des clients. « Si la plateforme est mondiale, le modèle doit être local. »