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En Égypte, être soudanais suffit à devenir suspect
Dans les taxis, les gares routières, les lieux publics, les contrôles d'identité ciblent en priorité les réfugiés à la peau foncée. Une pratique que les autorités égyptiennes n'ont jamais reconnue
 

(AfriquesPlus) - L'Égypte a longtemps incarné une terre refuge pour les populations fuyant les conflits d'Afrique et du Moyen-Orient. Ce statut vacille aujourd'hui, documente un reportage de Yasmine Mohamed publié le 15 août 2026 par The Continent, qui retrace le sort de réfugiés soudanais pris dans l'engrenage d'une administration défaillante et d'une conjoncture économique désastreuse.

Le contexte macroéconomique éclaire une bonne partie du durcissement observé sur le terrain. La dette extérieure égyptienne a atteint 150 milliards de dollars début 2026, dans un climat de dévaluation monétaire et d'inflation qui a fait grimper le taux de pauvreté national au-delà de 32 %, selon des chiffres de la Banque mondiale relayés par The Continent. Cette pression économique s'est traduite par une concurrence accrue pour des ressources déjà rares, nourrissant une hostilité croissante envers les populations réfugiées.

Le vrai point de rupture, selon le reportage, tient à un changement institutionnel majeur : l'Égypte a repris en juin 2026 le contrôle du traitement des demandes d'asile, jusque-là confié au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, en application d'une loi votée deux ans plus tôt. Le nouveau dispositif impose un renouvellement annuel des titres de séjour, mais un rapport de Human Rights Watch cité par le média révèle que de nombreux rendez-vous de renouvellement sont fixés des années à l'avance, parfois jusqu'en 2028. Sans document valide, les demandeurs deviennent automatiquement exposés à l'arrestation et à l'expulsion.

Ce basculement administratif a une traduction très concrète sur le terrain, celle d'un ciblage jugé disproportionné des Africains à la peau foncée, notamment les ressortissants soudanais et sud-soudanais, lors des contrôles d'identité dans les transports publics. Aucun chiffre officiel des expulsions n'a été communiqué par les autorités égyptiennes, mais une responsable de Human Rights Watch les évalue, selon The Continent, à plusieurs milliers.

Le durcissement du contrôle migratoire coïncide avec la montée en puissance d'un programme de rapatriement ferroviaire gratuit vers la frontière soudanaise. Présenté comme volontaire par les autorités, ce dispositif interroge des organisations de défense des droits humains, qui y voient davantage une conséquence de la précarité économique et de la peur de l'arrestation qu'un véritable choix libre, d'autant que la destination reste une zone de guerre active.

Pour les familles séparées par ces expulsions, comme celle de Sarah, jeune mère originaire du Soudan du Sud dont le mari a été renvoyé de force malgré des papiers reconnus par l'ONU, l'attente reste sans réponse. Elle vit désormais recluse au Caire, entre peur d'être la prochaine visée et incertitude totale sur l'avenir de sa famille.

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