(AfriquesPlus) - Cinq ans après avoir recueilli 2,9 millions de voix lors d'une victoire écrasante, Hakainde Hichilema se présente ce jeudi devant les électeurs zambiens dans un climat bien moins favorable, rapportent Taonga Mitimingi et Matthew Hill dans un article publié le 13 août 2026 par Bloomberg.
Depuis son élection en 2021, le chef de l'État a piloté une restructuration de la dette saluée par les investisseurs, porté la production de cuivre du pays — deuxième producteur africain du métal — à des niveaux record, et fait du kwacha la monnaie la plus performante du continent cette année.
Des résultats macroéconomiques qui devraient, en théorie, lui assurer un second mandat sans difficulté. Mais sur le terrain, à Lusaka, le constat est tout autre. Moses Mwale, 32 ans, tient un étal de vêtements et d'ordinateurs portables au Town Center Market de la capitale. Interrogé par Bloomberg, il confie que ses ventes s'effondrent tandis que ses coûts explosent : « Money is not in circulation », résume-t-il, illustrant le décalage entre les statistiques nationales et le vécu des petits commerçants.
Ce sentiment est corroboré par les chiffres de la Banque mondiale cités par le journal américain : si le ratio dette/PIB est passé d'environ 133 % à près de 100 % en trois ans, le taux de pauvreté, lui, reste quasi inchangé, autour de 70 %. Andrew Chibuye, associé principal de PricewaterhouseCoopers à Lusaka, résume ce paradoxe auprès de Bloomberg en évoquant des réformes ayant produit « des améliorations spectaculaires » au niveau macroéconomique, mais dont le ruissellement vers l'économie des ménages reste le principal défi.
Face à Hichilema, l'opposant Brian Mundubile, avocat, comptable et ancien chef de file de l'opposition parlementaire, a construit sa campagne autour de ce décalage. Selon les données relayées par Bloomberg, le coût de la vie d'une famille type de Lusaka aurait grimpé d'environ 38 % en cinq ans. Interrogé par l'agence mercredi, Mundubile s'est dit prêt à renouer le dialogue avec le FMI en cas de victoire, tout en posant des conditions : il n'acceptera pas, dit-il, « un accord à n'importe quel prix ».
La régularité du scrutin suscite elle aussi des inquiétudes, relayées par Bloomberg. Linda Kasonde, directrice de l'ONG LCK Freedom Foundation basée à Lusaka, dénonce des restrictions touchant l'espace civique zambien et juge que le terrain de jeu électoral a été rendu extrêmement inégal en faveur du président sortant. Du côté du camp présidentiel, l'ancien ministre des Finances Situmbeko Musokotwane, artisan de la restructuration des quelque 13 milliards de dollars de dette du pays et de la conclusion réussie du programme du FMI, met en avant la gratuité de l'éducation comme principale réalisation du gouvernement, et assure qu'un nouvel accord avec le Fonds serait scellé d'ici la fin de l'année en cas de reconduction d'Hichilema.
Le président sortant a lui-même résumé l'enjeu du scrutin quelques heures avant l'ouverture des bureaux de vote, dans un entretien télévisé cité par Bloomberg : une élection qui oppose, selon lui, la progression au retour en arrière, après un mandat où « le plus dur du travail » a déjà été accompli. Le vote a débuté à 6 heures du matin à Lusaka pour s'achever douze heures plus tard, les résultats étant attendus sous 72 heures.