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États-Unis, les Gullah Geechee, une mémoire africaine vivante sur la côte sud-est
De la langue aux pratiques culinaires, en passant par la musique et les traditions spirituelles, les communautés Gullah Geechee perpétuent depuis plusieurs siècles des héritages ouest et centre-africains sur la côte sud-est des États-Unis.
 

(AfriquesPlus) - Les descendants d’Africains réduits en esclavage sur la côte sud-est des États-Unis ont préservé une culture et une langue singulières, directement enracinées dans leurs héritages africains. Cet héritage, porté aujourd’hui par les communautés Gullah Geechee, s’étend sur près de 800 kilomètres, de la Caroline du Nord à la Floride.

Dans un reportage publié le 3 octobre 2026, BBC Travel, sous la plume de Dexter Strong, raconte comment cette culture a survécu à l’esclavage, à la ségrégation et aux transformations économiques et sociales du sud des États-Unis.

Le territoire concerné est connu sous le nom de Gullah Geechee Cultural Heritage Corridor. Le 12 octobre 2026, il doit célébrer le 20e anniversaire de sa désignation par le Congrès américain comme zone nationale du patrimoine. Le corridor rassemble des communautés installées sur les îles et les zones côtières du Sud-Est américain.

L’histoire des Gullah Geechee remonte aux XVIIe et XVIIIe siècles. Des Africains originaires notamment d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale furent déportés vers les colonies anglaises d’Amérique et réduits en esclavage dans les plantations de riz, d’indigo et de coton des régions côtières. Leur connaissance de l’agriculture, particulièrement celle de la riziculture, était recherchée par les propriétaires de plantations.

L’isolement géographique des îles et des marais côtiers a toutefois contribué à la conservation et à l’adaptation de nombreuses pratiques culturelles africaines. La cuisine, l’artisanat, la musique, les croyances et la langue Gullah se sont ainsi développés au fil des générations.

La langue Gullah constitue l’un des marqueurs les plus importants de cette continuité africaine. Principalement fondée sur l’anglais colonial, elle conserve de nombreux mots d’origine africaine. Le terme nyam, par exemple, signifie manger et rappelle des langues d’Afrique de l’Ouest. Le mot goober, utilisé pour désigner l’arachide, est généralement rapproché de termes issus du kimbundu et du kikongo.

Les traditions culinaires témoignent également de cette histoire. Le Lowcountry red rice, préparé avec du riz, des tomates, des épices et de la viande fumée, présente des similitudes avec le jollof, plat emblématique de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. D’autres préparations comme le Hoppin' John, à base de riz et de haricots à œil noir, ou le gumbo, perpétuent une cuisine construite autour des produits disponibles localement et des savoir-faire transmis entre générations.

L’influence africaine se retrouve aussi dans la vannerie traditionnelle et dans le ring shout, une pratique collective mêlant chants, frappements de pieds, battements de mains et échanges en « appel-réponse ». Pour Luana Graves Sellars, spécialiste de la préservation culturelle citée par la BBC, la langue n’est qu’une des expressions de cette identité : « tout ce que nous faisons parle ».

L’histoire de Mitchelville, sur l’île de Hilton Head en Caroline du Sud, constitue un autre symbole majeur. Après la prise de contrôle de Port Royal Sound et de Hilton Head par les forces de l’Union en 1861, des centaines de personnes anciennement réduites en esclavage ont trouvé refuge derrière les lignes nordistes. En 1862, une ville destinée aux personnes affranchies y fut créée. Mitchelville devint ainsi l’une des premières communautés autogérées de personnes noires libres aux États-Unis.

Après la guerre de Sécession, le retrait des forces de l’Union et la disparition des emplois liés à la guerre ont contribué au déclin de la localité. Au début des années 1880, Mitchelville était largement abandonnée, avant que l’ouragan des Sea Islands de 1893 ne détruise une partie des vestiges.

Selon les données citées par la BBC, environ un million de personnes aux États-Unis revendiquent aujourd’hui un héritage Gullah Geechee. Parmi elles figurent notamment le chanteur Darius Rucker et l’ancienne Première dame Michelle Obama.

Mais cette culture reste confrontée à des menaces. La perte des terres ancestrales, la pression immobilière, les déplacements de population et le changement climatique fragilisent plusieurs communautés côtières. Des cimetières historiques sont menacés et certains passages reliant les îles deviennent difficiles d'accès.

Pour les défenseurs de cet héritage, préserver les terres revient aussi à protéger une partie de l’histoire américaine. Alex Brown, résident Gullah de cinquième génération et élu local à Hilton Head, estime notamment que l’histoire de la démocratie américaine ne peut être racontée complètement sans évoquer des lieux comme Mitchelville.

Malgré ces pressions, la culture Gullah Geechee demeure vivante. Dans les chants, les mots, les paniers tressés, les plats et les cérémonies, elle maintient un lien particulier entre les descendants d’Africains de la côte sud-est américaine et les traditions du continent dont leurs ancêtres ont été arrachés.

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