La réforme de l’enseignement des langues en Algérie continue de faire des vagues. La décision du ministère de l'Éducation nationale de remplacer le français par l'anglais comme première langue étrangère dès la troisième année du primaire a ouvert un débat passionné, opposant experts en pédagogie et responsables politiques.
À compter de la prochaine rentrée scolaire, les élèves algériens commenceront l'apprentissage de l'anglais dès la troisième année primaire, tandis que le français ne sera introduit qu'à partir de la quatrième année. Une mesure que le professeur Ahmed Tessa, spécialiste des questions pédagogiques et ancien haut responsable du ministère de l'Éducation, juge davantage motivée par des considérations idéologiques que par des impératifs éducatifs.
Auteur de l'ouvrage L'impossible éradication : l'enseignement du français en Algérie, Ahmed Tessa estime que cette réforme s'accompagne d'un manque de préparation des enseignants d'anglais et s'inscrit dans une stratégie visant à réduire progressivement la place du français dans le système éducatif. Il s'est également interrogé sur la suppression de l'enseignement de la philosophie dans certaines classes, alors que le volume horaire consacré à l'éducation islamique reste inchangé.
Ses déclarations ont suscité une réponse musclée de l'ancien ministre de l'Industrie, du Commerce et du Travail, El Hachemi Djaâboub. Dans une publication sur Facebook, ce dernier a défendu avec vigueur une « décision souveraine » de l'État algérien, estimant que la politique linguistique relève exclusivement de la souveraineté nationale.
L'ancien ministre est allé jusqu'à affirmer que le report, voire une éventuelle suppression définitive de l'enseignement du français, s'inscrirait dans le processus de consolidation de l'indépendance culturelle du pays. Il a également critiqué Ahmed Tessa pour ses prises de position et son attachement à la langue française.
Au-delà de cette confrontation entre deux personnalités, cette polémique illustre les profondes sensibilités qui entourent la question linguistique en Algérie, où le choix des langues d'enseignement demeure un enjeu à la fois éducatif, identitaire et politique.