(AfriquesPlus) - Le Ghana pourrait être contraint de retourner vers le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale si les inefficacités persistantes de ses entreprises publiques, notamment l’Electricity Company of Ghana (ECG), ne sont pas corrigées, a averti l’économiste et professeur de finance Godfred Bokpin.
Intervenant samedi sur l’émission Newsfile de JoyNews, le professeur Bokpin a appelé les autorités ghanéennes à ne pas renouer avec les pratiques qui ont contribué aux fortes pressions budgétaires des dernières années.
« Si nous revenons au statu quo, ce n’est qu’une question de temps avant que nous devions recourir au FMI et à la Banque mondiale pour une nouvelle intervention », a-t-il prévenu.
Selon l’économiste, les inefficacités des entreprises publiques auraient coûté au Ghana entre 2,5 % et 3,2 % de son produit intérieur brut (PIB) au cours des 15 à 20 dernières années. Il cite notamment ECG, chargée de la distribution d’électricité, ainsi que Ghana Cocoa Board (COCOBOD), l’organisme public chargé de la filière cacao.
Le secteur énergétique exerce en particulier une forte pression sur les finances publiques. Les ressources supplémentaires mobilisées par l’État pour couvrir les déficits du secteur peuvent, selon le professeur Bokpin, dépasser les crédits budgétaires cumulés des ministères de la Santé, de l’Alimentation et de l’Agriculture et de l’Éducation.
Pour réduire ces pertes, des investissements importants seront toutefois nécessaires, estime-t-il. « Il n’y a aucun moyen de réduire le niveau des pertes, de la production au transport et à la distribution, sans un certain niveau d’investissement », a-t-il expliqué.
La question du financement de ces investissements reste dès lors déterminante pour les autorités. Le gouvernement doit, selon l’économiste, trouver les ressources nécessaires sans détourner les fonds publics disponibles au détriment d’autres secteurs prioritaires.
Malgré ces difficultés, Godfred Bokpin reconnaît certains progrès réalisés dans le cadre du programme soutenu par le FMI. Il estime notamment que le dispositif a permis d’améliorer la transparence sur l’ampleur des pertes du secteur énergétique et sur les flux financiers qui y sont liés.
Il cite également le mécanisme dit de « cash waterfall », destiné à organiser la répartition des recettes du secteur énergétique entre les différents acteurs. Selon lui, ce mécanisme « fonctionne dans une certaine mesure », ce qui constitue une amélioration par rapport à la situation antérieure.
Pour l’économiste, ces avancées doivent désormais s’accompagner de réformes plus profondes au sein d’ECG et des autres entreprises publiques.
Le professeur Bokpin appelle ainsi le gouvernement à profiter du processus actuel de réforme pour s’attaquer aux causes structurelles des difficultés d’ECG, plutôt que de continuer à mobiliser des ressources publiques pour compenser ses insuffisances.
Il demande également une concertation plus large autour des réformes envisagées, notamment concernant une éventuelle participation du secteur privé.
« Il faut une consultation plus large. Il faut davantage de transparence sur le type de participation du secteur privé dont nous parlons », a-t-il déclaré.
Pour l’économiste, une amélioration durable de l’efficacité d’ECG et une réduction de ses pertes sont indispensables pour limiter sa dépendance au financement public et préserver l’espace budgétaire du Ghana. À défaut, le pays pourrait voir réapparaître les déséquilibres qui l’ont déjà conduit à solliciter l’appui financier du FMI.