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Karamo Kaba défend le maintien du franc guinéen face au projet de monnaie Eco
Le gouverneur de la BCRG plaide pour une approche prudente. Tant que les conditions de convergence, de solidarité financière et de gouvernance monétaire ne sont pas suffisamment réunies, Conakry estime préférable de conserver sa monnaie nationale
 

(AfriquesPlus) - Alors que la mise en circulation de l’Eco est toujours envisagée à l’horizon 2027 en Afrique de l’Ouest, la Guinée ne prévoit pas, pour le moment, d’abandonner le franc guinéen. Le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Karamo Kaba, a défendu cette orientation, estimant que les conditions actuelles ne sont pas suffisamment réunies pour une intégration au projet de monnaie unique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

S’exprimant mardi 11 août lors d’une conférence de presse consacrée notamment au nouvel accord financier d’environ 425 millions de dollars conclu entre Conakry et le Fonds monétaire international (FMI), le gouverneur a clairement assumé le choix des autorités guinéennes. « Par rapport à l’Eco, effectivement, la Guinée, par la voie du Président, a décidé de rester au niveau du franc guinéen. Et très sincèrement, je pense que c’est une très bonne décision », a-t-il déclaré, selon un compte rendu publié le 12 août par Guineelive, sous la plume de Daouda Yansané.

Pour Karamo Kaba, la principale difficulté réside dans les conditions économiques nécessaires à la création d’une monnaie commune. Il met notamment en avant les critères de convergence que les États ouest-africains doivent respecter avant de pouvoir intégrer une union monétaire. Le gouverneur considère que les déclarations annonçant l’arrivée de l’Eco en 2027 ne doivent pas faire oublier les écarts persistants entre les économies de la région.

Il s’interroge ainsi sur la capacité réelle des différents pays à satisfaire simultanément les critères fixés. D’après son appréciation rapportée par Guineelive, le Bénin serait actuellement le seul État à remplir l’ensemble de ces exigences. La Guinée, pour sa part, en respecterait trois, mais resterait notamment confrontée à des difficultés concernant le déficit budgétaire.

Le responsable de la BCRG estime qu’une monnaie commune ne pourrait fonctionner durablement sans une convergence économique suffisamment solide. À ses yeux, l’adoption d’une devise unique dans un environnement marqué par de fortes disparités risquerait de créer ou d’accentuer des déséquilibres entre les États membres.

Karamo Kaba insiste également sur la question de la solidarité financière. Une véritable union monétaire devrait, selon lui, disposer de mécanismes permettant aux économies les plus solides de soutenir celles qui connaissent des déficits. Sans ces dispositifs de redistribution et de solidarité, les écarts économiques pourraient peser sur la stabilité de l’ensemble de la future zone monétaire.

La question de la souveraineté monétaire constitue un autre volet important de son argumentaire. Le gouverneur oppose la situation actuelle de la Guinée, dont la banque centrale est entièrement sous contrôle national, à celle qui résulterait de la création d’une banque centrale fédérale chargée de gérer la future monnaie régionale.

Dans ce nouveau dispositif, Conakry disposerait d’un poids nettement inférieur à celui des principales économies de la région, notamment du Nigeria. « Aujourd’hui, vous avez une Guinée qui détient à 100 % sa banque centrale. Demain, vous allez mettre en place une banque centrale fédérale », a-t-il expliqué.

Derrière cette comparaison se trouve une interrogation stratégique : la Guinée a-t-elle intérêt à renoncer à une maîtrise complète de sa politique monétaire pour intégrer une institution régionale où son influence serait nécessairement plus limitée ? Pour Karamo Kaba, cette question dépasse donc la seule dimension technique et renvoie directement à la souveraineté économique du pays.

Le gouverneur de la BCRG plaide ainsi pour une approche prudente. Tant que les conditions de convergence, de solidarité financière et de gouvernance monétaire ne sont pas suffisamment réunies, Conakry estime préférable de conserver sa monnaie nationale.

Cette position place la Guinée à distance du calendrier affiché autour de l’Eco. Elle témoigne surtout des interrogations persistantes sur la capacité des économies ouest-africaines à harmoniser leurs politiques économiques avant de partager une même monnaie.

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