(AfriquesPlus) - À l’approche de l’après-Vision 2030, le Kenya cherche déjà à dessiner les contours de son prochain grand projet national. Dans une tribune publiée le 12 août 2026 par The Star, le diplomate et universitaire Paul Kibiwott Kurgat défend une idée centrale : la future Vision 2060 ne pourra être pleinement ambitieuse que si Nairobi transforme sa diplomatie en véritable outil de développement.
Pour l’auteur, le développement du Kenya ne peut plus être pensé à partir des seules politiques intérieures. Les infrastructures, les investissements, les marchés d’exportation, les financements climatiques, les transferts de technologies ou encore les partenariats sécuritaires sont étroitement liés à la position du pays dans l’ordre international.
Kurgat invite ainsi à repenser le rôle des ambassades. Celles-ci devraient davantage fonctionner comme des plateformes économiques capables d’identifier de nouveaux marchés, d’attirer des investisseurs, de faciliter les partenariats technologiques, de soutenir les entreprises kényanes à l’étranger et de défendre les intérêts de la diaspora : « La politique étrangère doit être traitée non comme une diplomatie cérémonielle, mais comme un instrument pratique du développement national. »
Cette conception rejoint l’évolution de la politique étrangère kényane. L’auteur rappelle que la stratégie adoptée en 2014 reposait notamment sur la paix, l’économie, la diaspora, l’environnement et la culture. Le Sessional Paper No. 1 de 2025 a depuis renforcé la place de la diplomatie économique et commerciale, de la science et de la technologie, du numérique, du climat et de l’économie bleue.
Pour Kurgat, cette évolution doit désormais se traduire par des résultats mesurables. Une mission diplomatique ne devrait pas seulement être jugée au nombre de rencontres organisées ou d’accords conclus, mais à leurs effets sur l’économie nationale : nouveaux débouchés pour les exportateurs, créations d’emplois, investissements, transferts de technologies, financement climatique ou amélioration de la sécurité énergétique.
L’auteur propose ainsi le concept de « Diplomatie pour le développement », qui placerait les intérêts économiques et sociaux du Kenya au cœur de son action extérieure.
La réflexion dépasse cependant les frontières kényanes. Kurgat évoque la possibilité d’un cadre africain de mobilisation des ressources autour de grands projets dans l’énergie, les transports, l’industrialisation, la santé, le numérique et la recherche. Un tel dispositif devrait s’appuyer sur les banques africaines de développement, les capitaux privés, les ressources de la diaspora et les institutions continentales.
Il devrait surtout s’articuler avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine et la Zlecaf, afin de favoriser l’émergence de marchés régionaux, de chaînes de valeur africaines et d’infrastructures capables de soutenir le commerce intra-africain. Selon Kurgat, « l’objectif doit être de construire des marchés régionaux, des infrastructures intégrées et des chaînes de valeur qui rendent les économies africaines plus fortes ensemble. »
Autre condition mise en avant : le recours à l’expertise. Universités, chercheurs, think tanks, anciens diplomates et membres de la diaspora devraient être associés de manière plus systématique à la définition des politiques publiques. Pour Kurgat, cette expertise est indispensable pour anticiper les bouleversements liés à l’intelligence artificielle, aux migrations climatiques, aux transitions énergétiques et aux transformations du commerce mondial.
Avant de construire la Vision 2060, l’auteur recommande enfin un examen approfondi de la Vision 2030 : ce qui a fonctionné, ce qui a échoué, les projets restés inachevés et les choix devenus trop coûteux. La prochaine stratégie devrait conserver une direction de long terme tout en étant régulièrement ajustée aux évolutions du monde.
Pour le diplomate kényan, la véritable mesure de l’influence internationale du Kenya ne sera donc pas sa visibilité dans les enceintes diplomatiques, mais sa capacité à convertir ses relations extérieures en emplois, investissements, marchés, technologies et améliorations concrètes du niveau de vie de ses citoyens.