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La Chine prend de l’avance sur le solaire africain
Les importations de panneaux solaires explosent sur le continent, de l’Algérie au Bénin. Derrière cette dynamique, Pékin étend son influence à travers les équipements, les financements et les grandes infrastructures électriques
 

(AfriquesPlus) - La montée en puissance du solaire en Afrique ouvre un nouveau chapitre de la compétition énergétique mondiale. À mesure que les États cherchent à réduire leur exposition aux carburants importés et aux coupures de courant, les équipements chinois s’imposent dans les projets de production, de stockage et d’électrification des transports.

Dans une analyse publiée le 27 juillet par Foreign Affairs, Mohamed Adow, fondateur du centre de réflexion kényan Power Shift Africa, décrit une transition où l’électricité renouvelable devient un outil de souveraineté économique. La Chine ne fournit plus seulement des panneaux ou des batteries : elle participe à la construction des systèmes énergétiques qui doivent alimenter l’industrie africaine au cours des prochaines décennies.

Le basculement se lit désormais dans les flux commerciaux. D’après les données d’Ember citées par Mohamed Adow, les importations africaines de panneaux solaires ont progressé de 60% entre le milieu de 2024 et le milieu de 2025. L’Algérie aurait connu une envolée supérieure à 3 000%, tandis que le Botswana a enregistré une hausse de 700%.

Le phénomène ne concerne plus seulement les marchés historiquement les plus actifs, comme l’Afrique du Sud. L’Angola, le Bénin, la République démocratique du Congo, l’Éthiopie et le Liberia ont également vu leurs importations plus que tripler sur la période, selon l’auteur.

Cette dynamique accompagne un mouvement d’investissement plus vaste. En 2023, l’Afrique a attiré plus de 10 milliards de dollars de financements de projets éoliens et solaires, principalement en Égypte, en Afrique du Sud et au Zimbabwe, selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement.

Des équipements aux infrastructures

La présence chinoise dans le secteur ne se limite pas à la vente de matériel. Les entreprises du pays sont engagées dans la construction de centrales solaires en Égypte, de lignes de transmission en Afrique de l’Est, de projets hydroélectriques en Angola et de réseaux ferroviaires électriques au Nigeria, relève Mohamed Adow dans Foreign Affairs.

Cette progression repose sur une stratégie industrielle déjà éprouvée en Chine. Pékin dispose d’une position dominante dans des chaînes de valeur décisives : panneaux photovoltaïques, batteries, véhicules électriques, éoliennes et transformation de minerais indispensables aux technologies bas carbone.

Selon Africa Climate Insights, qui s’appuie sur un rapport d’ODI Global, 59% des projets énergétiques chinois en Afrique concernent désormais le solaire et l’éolien. Entre 2010 et 2024, les investissements chinois dans le secteur énergétique africain auraient dépassé 66 milliards de dollars.

L’enjeu est particulièrement important dans les pays où les réseaux électriques restent fragiles. Pour les entreprises et les ménages, les installations solaires avec stockage constituent une alternative aux générateurs diesel, coûteux et vulnérables aux hausses des prix des carburants.

L’essor du solaire ne règle toutefois pas la question de la dépendance. L’Afrique cherche à s’éloigner des hydrocarbures importés, mais elle importe encore une grande part de ses panneaux, onduleurs, batteries et équipements de réseau. La transition risque ainsi de déplacer la dépendance plutôt que de l’éliminer.

Mohamed Adow souligne que « le principal obstacle n’est pas le potentiel des ressources renouvelables », mais le financement, les interconnexions électriques et la capacité des institutions à intégrer de nouvelles sources de production.

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