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Le changement climatique redessine la carte du paludisme en Afrique
Une étude publiée dans la revue scientifique Nature montre que le réchauffement climatique ne provoque pas seulement une hausse ou une baisse globale des cas : il déplace progressivement les zones où la maladie peut se développer
 

(AfriquesPlus) - Dans un article publié le 4 août 2026 par GEO France, la journaliste Océane Letouzé analyse les effets du changement climatique sur la propagation du paludisme en Afrique subsaharienne. Une étude publiée dans la revue scientifique Nature montre que le réchauffement climatique ne provoque pas seulement une hausse ou une baisse globale des cas : il déplace progressivement les zones où la maladie peut se développer.

Le paludisme, transmis par certains moustiques et causé par des parasites du genre Plasmodium, reste l’une des principales menaces sanitaires mondiales. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la maladie a causé environ 608 000 décès en 2022, avec une majorité des victimes concentrées en Afrique.

Les chercheurs expliquent que l’évolution des températures modifie les conditions favorables à la survie du parasite et à la reproduction des moustiques. Dans certaines régions déjà très touchées, notamment les zones chaudes du Sahel et d’Afrique de l’Ouest, l’augmentation des températures pourrait paradoxalement réduire le risque de transmission.

« Le changement climatique ne se contente pas d’aggraver ou d’atténuer le paludisme ; il le déplace », explique Tamma Carleton, coautrice de l’étude et directrice de recherche au Climate Impact Lab.

Selon les scientifiques, des pays comme le Nigeria, le Burkina Faso ou le Mali pourraient connaître une baisse d’environ 5 % des cas grâce à des températures devenant moins favorables au développement du parasite. Dans certaines zones sahéliennes extrêmement chaudes, les chercheurs envisagent même une possible disparition progressive de la maladie.

Mais cette évolution cache une nouvelle menace : l’extension du paludisme vers des régions jusqu’ici moins exposées. Les hauts plateaux d’Afrique de l’Est, certaines zones d’Afrique australe ainsi que des régions comme la vallée du Rift pourraient voir les cas augmenter à mesure que les températures deviennent plus propices à la transmission.

D’après l’étude, certaines régions pourraient enregistrer une hausse pouvant atteindre 20 % du risque de paludisme d’ici 2100, notamment dans des territoires aujourd’hui peu préparés à faire face à cette maladie.

« Les gouvernements, les systèmes de santé et les communautés doivent s’adapter à l’évolution de la menace du paludisme », alerte Christopher Trisos, coauteur de l’étude et directeur du Laboratoire des risques climatiques.

Les chercheurs insistent également sur l’importance de limiter le réchauffement mondial. Selon eux, maintenir l’augmentation des températures autour de 2 °C permettrait d’éviter des milliers de nouveaux cas, notamment chez les enfants, tout en réduisant d’autres impacts sanitaires liés au dérèglement climatique.

Au-delà de la lutte contre le climat, l’étude appelle les États africains à renforcer leurs systèmes de surveillance sanitaire, leurs programmes de prévention et leurs capacités de soins dans les régions qui pourraient devenir de nouveaux foyers.

Pour Colin Carlson, professeur adjoint d’épidémiologie à l’université de Yale et co-auteur de l’étude, l’objectif reste atteignable :

« L’élimination du paludisme en une génération est non seulement possible, mais constitue l’un des meilleurs moyens de protéger les populations les plus vulnérables face aux impacts du changement climatique. »

Cette nouvelle étude souligne ainsi un paradoxe climatique majeur pour l’Afrique : alors que certaines régions pourraient voir reculer le paludisme sous l’effet de températures extrêmes, d’autres territoires devront se préparer à affronter une maladie qui pourrait devenir une nouvelle réalité sanitaire.

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