(AfriquesPlus) - L’acquisition de MultiChoice par le groupe français Canal+ marque un tournant majeur dans l’industrie audiovisuelle africaine. Sean Anda, pour New African Magazine, s’interroge dans un article publié le 12 août 2026 sur les conséquences de cette opération pour le contrôle des contenus consommés par les publics africains, notamment ceux de la diaspora.
Finalisée le 10 juillet 2026, après deux années de procédures réglementaires, l’opération, évaluée à environ 55 milliards de rands, soit près de 3 milliards de dollars, donne à Canal+ le contrôle des activités de MultiChoice dans plus de 50 marchés africains, à travers notamment DStv et GOtv. En Afrique du Sud, certaines licences de diffusion ont toutefois été isolées dans une entité distincte afin de respecter les règles nationales de propriété.
Pour Sean Andah, le changement ne se limite pas à une opération financière. Il modifie aussi le centre de décision de l’un des principaux groupes audiovisuels du continent. Les choix concernant les droits sportifs, les programmes et les investissements sont désormais davantage pilotés depuis Paris, alors qu’ils étaient auparavant largement décidés depuis Johannesburg.
L’un des premiers changements opérés par Canal+ concerne Showmax, la plateforme de streaming lancée par MultiChoice en 2015. Après plusieurs années d’exploitation déficitaire, avec des pertes estimées à 522 millions de dollars entre 2023 et 2025, Canal+ a décidé de fermer la plateforme et de transférer une partie de ses contenus vers DStv Stream, avant le lancement prévu d’une application Canal+.
Cette décision intervient alors que les habitudes des jeunes Africains évoluent rapidement. Le visionnage sur smartphone et les plateformes à la demande progressent au détriment de la télévision payante traditionnelle. DStv conserve toutefois un avantage important dans le domaine du sport en direct, qui reste l’un de ses principaux arguments face aux plateformes numériques.
Or, cette position est désormais confrontée à une concurrence accrue. Netflix, Disney+ et Amazon Prime Video investissent progressivement le marché du sport en direct et développent des offres qui se rapprochent de celles des diffuseurs traditionnels. Netflix s’est notamment positionné sur plusieurs grands combats de boxe, tandis que Disney+ a commencé à proposer des retransmissions sportives en direct en Afrique du Sud.
Cette transformation intervient alors que MultiChoice connaît une érosion de sa base d’abonnés. Le groupe aurait perdu 2,8 millions d’abonnés actifs en deux ans, poussant Canal+ à réduire certains tarifs, à modifier ses bouquets et à faciliter le partage des factures entre membres d’un même foyer.
L’analyse souligne cependant que les difficultés des plateformes internationales ne signifient pas un recul du marché africain du divertissement. Au contraire, les perspectives demeurent importantes. Les marchés sud-africain, nigérian et kényan devraient connaître, selon les projections citées par l’auteur à partir des données de PwC, une croissance supérieure à celle du marché mondial des médias et du divertissement d’ici 2029.
Le véritable enjeu serait donc moins la demande africaine que la capacité des entreprises africaines à conserver la maîtrise de cette demande. L’industrie se numérise, les audiences rajeunissent et les modèles économiques évoluent, mais la propriété des plateformes et le pouvoir de décision tendent à se concentrer entre les mains de groupes étrangers.
Pour Sean Andah, l’acquisition de MultiChoice illustre ainsi une évolution plus profonde : l’Afrique reste un immense marché audiovisuel, mais les décisions concernant ce que ses publics regardent sont de plus en plus prises à l’extérieur du continent. Le débat dépasse dès lors le seul avenir de DStv ou de Canal+. Il porte sur la capacité des acteurs africains à rester producteurs, propriétaires et décideurs, plutôt que de devenir de simples distributeurs de contenus conçus et contrôlés ailleurs.