(Afriquesplus) - Dans une tribune publiée le 5 août 2026 par le quotidien nigérian Blueprint Newspapers, le ministre d'Etat aux Affaires étrangères Sola Enikanolaiye expose les fondements de la nouvelle doctrine diplomatique du Nigeria, présentée comme une politique d'« autonomie stratégique » au service exclusif des intérêts nationaux.
L'auteur explique que cette approche ne vise ni l'isolement ni un retour au non-alignement de la guerre froide, mais une diplomatie pragmatique permettant à Abuja de coopérer avec tous les partenaires sans s'inscrire durablement dans un bloc géopolitique. Selon lui, la politique étrangère du président Bola Ahmed Tinubu repose désormais sur la défense des intérêts économiques, sécuritaires, technologiques et diplomatiques du pays.
L'ambassadeur identifie cinq piliers de cette stratégie. Le premier consiste à placer les intérêts nationaux au cœur de toutes les décisions diplomatiques. Le deuxième mise sur la diversification économique, notamment à travers la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et le développement de partenariats commerciaux avec plusieurs puissances, dont la Chine, l'Union européenne, les États-Unis et les pays du Golfe.
Le troisième pilier concerne la souveraineté sécuritaire. Abuja affirme privilégier des solutions africaines aux crises régionales, tout en restant disposé à coopérer avec tout partenaire capable d'apporter des résultats concrets dans la lutte contre le terrorisme, la piraterie ou les cybermenaces, sans compromettre sa souveraineté.
Le quatrième axe met l'accent sur l'indépendance technologique. Le gouvernement entend développer des capacités nationales dans les domaines de l'intelligence artificielle, des infrastructures numériques et de la gouvernance digitale afin de réduire la dépendance aux technologies étrangères.
Enfin, le Nigeria revendique une plus grande flexibilité diplomatique dans un contexte international marqué par la montée de plusieurs centres de puissance. Abuja souhaite renforcer simultanément ses relations avec Pékin, Washington, Bruxelles, New Delhi et d'autres partenaires, tout en refusant de s'aligner durablement sur l'un d'entre eux.
Au-delà du cas nigérian, Sola Enikanolaiye estime que l'Afrique doit devenir un acteur à part entière des relations internationales. Il appelle les États du continent à accélérer la mise en œuvre de la ZLECAf, à renforcer leur intégration économique et à parler d'une seule voix dans les grandes enceintes internationales afin de peser davantage dans un ordre mondial de plus en plus multipolaire.