(AfriquesPlus) - La stratégie de portage la plus rentable du mois sur les marchés émergents se joue actuellement en Afrique du Sud, rapporte Mpho Hlakudi dans un article publié le 12 août 2026 par Bloomberg. Selon des données de JSE Ltd citées par l'agence, les investisseurs internationaux ont acheté pour un montant net de 23,1 milliards de rands (1,43 milliard de dollars) de dette publique lors de la première semaine d'août, soit l'afflux hebdomadaire le plus important depuis le début de l'année. Cette dynamique a permis aux opérateurs d'engranger un rendement de 2,7 % depuis le début du mois, la meilleure performance parmi les 22 devises de pays en développement suivies par Bloomberg.
Ce regain d'intérêt intervient après un pic de tension sur les rendements obligataires en mars, lorsque la guerre en Iran avait fait grimper les cours du pétrole et ravivé les craintes inflationnistes. Depuis, le rendement des obligations à dix ans a reculé de plus de 80 points de base, à environ 8,56 %, à mesure que les prix du brut se sont apaisés et que le rand s'est raffermi. Bloomberg précise toutefois que ce niveau reste nettement supérieur au plancher décennal de 7,95 % atteint en février, laissant entrevoir de nouvelles marges de progression à mesure que la trajectoire budgétaire du pays s'améliore et que l'inflation se rapproche de la cible de la banque centrale.
Adam Furlan, gérant de portefeuille chez Ninety One SA Ltd, cité par Bloomberg, estime qu'une poursuite de l'appréciation du rand permettrait aux obligations d'effacer une bonne partie de la prime de risque inflationniste intégrée dans les prix depuis la flambée pétrolière, la performance de la devise améliorant selon lui les perspectives des titres locaux via un ralentissement de l'inflation importée.
Le rand s'est apprécié de 5,2 % face au dollar depuis fin mars, une progression que Bloomberg attribue à la posture résolument restrictive de la banque centrale sud-africaine, déterminée à préserver l'avantage de rendement de la devise face au billet vert, un facteur qui alimente directement cette stratégie d'investissement consistant à emprunter dans une monnaie bon marché pour la replacer dans un actif plus rémunérateur ailleurs.
Autre signal favorable relevé par l'agence : la volatilité anticipée du rand face au dollar sur un an est repassée, cette semaine, sous sa volatilité observée, une première en trois ans, ce qui traduit une anticipation de fluctuations plus modérées à l'horizon 2027 et renforce d'autant l'attrait de cette stratégie. Ning Sun, stratège spécialiste des marchés émergents chez State Street à Boston, cité par Bloomberg, ajoute que le recul des craintes de hausse de taux de la Réserve fédérale américaine joue également en faveur de la devise sud-africaine : les investisseurs anticipent une probabilité d'environ 50 % d'un relèvement d'un quart de point de la Fed le mois prochain, contre 68 % pour une hausse similaire de la Reserve Bank sud-africaine.
Résultat de ces dynamiques conjuguées, le rand a progressé jusqu'à 0,9 % mercredi, à 16,0669 pour un dollar, se dirigeant vers sa meilleure clôture depuis février. Selon Ning Sun, citée par Bloomberg, la devise sud-africaine bénéficie à la fois de cette stratégie de portage et de la faiblesse conjuguée du dollar et de la politique accommodante de la Fed ; elle y voit, dans une perspective baissière sur le dollar à moyen terme, la monnaie émergente la plus adaptée pour exprimer ce pari.