(AfriquesPlus) - Dominique de Villepin a consacré une publication à « Zombie », le titre emblématique de l'artiste nigérian Fela Kuti, mercredi 5 août sur X, dans le cadre d'une série où l'ancien Premier ministre partage sa playlist estivale. Selon lui, ce morceau revient souvent dans ses écoutes de l'été.
L'ancien chef du gouvernement français resitue le contexte de la chanson, composée en 1976 sous la dictature militaire au Nigeria, alors que Fela Kuti s'est déjà imposé comme l'inventeur de l'afrobeat, « cette musique torrentielle où les cuivres, les percussions, les chœurs s'entrelacent pendant 10, 15, 20 minutes, dans une trance qui doit autant au jazz américain qu'aux traditions yoruba ». Avec « Zombie », l'artiste ose selon lui « l'impensable », en comparant les soldats de la junte à des morts-vivants obéissant sans réfléchir.
Dominique de Villepin rappelle la répression qui s'ensuivit : « un millier de soldats ont attaqué sa maison, brûlé ses studios, battu ses proches ». La mère de Fela Kuti, figure historique du combat des femmes nigérianes, fut jetée d'une fenêtre et mourut de ses blessures. Malgré cette violence, l'artiste « a continué à chanter », refusant de se taire, de s'exiler ou de renoncer.
Pour l'ancien Premier ministre, cette histoire illustre une vérité intemporelle : « on peut brûler une maison, on ne brûle pas une chanson ». Il souligne que la musique de Fela Kuti a fini par traverser le monde quand les généraux qui l'ont persécuté « ont sombré dans l'oubli », voyant dans ce destin la preuve qu'« un artiste, désarmé, s'est révélé plus fort que l'armée tout entière ».
Au-delà de l'anecdote historique, Dominique de Villepin y voit une mise en garde toujours actuelle contre « l'obéissance aveugle, cette démission de la conscience qui rend toutes les tragédies possibles », rappelant que « les grands crimes de l'histoire ont tous eu besoin de zombies, des hommes qui exécutent sans interroger, qui suivent sans juger ». Il conclut en affirmant que « la liberté s'éteint doucement quand les citoyens renoncent à penser par eux-mêmes, quand le conformisme tient lieu de conscience, quand plus personne n'ose être le premier à se lever ».