(AfriquesPlus) - Il aura suffi d'un seul paiement, dissimulé derrière l'anonymat d'un otage jamais nommé, pour rebattre les cartes du conflit sahélien. Ce que révèle un rapport confidentiel de l'ONU éclaire un mécanisme de financement qui a directement nourri l'expansion territoriale d'al-Qaïda en Afrique de l'Ouest.
Le financement des groupes jihadistes au Sahel repose en grande partie sur une économie parallèle faite de trafics, de taxations locales et, surtout, d'enlèvements contre rançon. Mais l'ampleur du versement révélé par un rapport de l'ONU, présenté à huis clos la semaine dernière devant le comité des sanctions et relayé par Reuters dans un article de David Lewis publié le 15 août 2026, change d'échelle : les 50 millions de dollars versés fin 2025 pour la libération d'un seul otage dépassent de dix fois les rançons habituellement négociées dans la région, généralement comprises entre 4 et 6 millions de dollars.
Le rapport onusien se garde bien de révéler l'identité de l'otage ou celle du payeur. Mais selon des sources régionales citées par Reuters, ce sont bien les Émirats arabes unis qui auraient réglé la facture, permettant la libération d'un de leurs ressortissants ainsi que de deux autres captifs étrangers non mentionnés dans le document onusien.
Sollicité par l'agence, un responsable émirati a évité toute réponse directe sur cette affaire précise, réaffirmant l'engagement de son pays dans la lutte contre le financement de l'extrémisme. Un double discours d'autant plus commenté que les Émirats sont devenus, ces dernières années, un partenaire économique croissant du régime militaire malien, notamment comme débouché pour l'or extrait de manière informelle dans le pays.
Une manne redistribuée jusqu'au sommet du réseau
L'essentiel de cette somme a servi à financer directement l'offensive des combattants du JNIM (Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin), la coalition affiliée à al-Qaïda qui revendique entre 7 000 et 8 000 combattants à travers le Sahel, dont la moitié rien qu'au Mali. Mais l'argent n'est pas resté confiné à la région. Une partie a également transité vers la direction centrale d'al-Qaïda, probablement basée en Iran ou en Afghanistan, ainsi que vers la branche yéménite du mouvement, illustrant combien les groupes jihadistes africains sont devenus les piliers financiers d'un réseau mondial autrefois centré sur le Moyen-Orient et l'Asie du Sud.
Cette manne financière a coïncidé avec une intensification spectaculaire des attaques du JNIM cette année, dont un assaut coordonné avec des rebelles séparatistes contre la capitale malienne en avril, qui avait coûté la vie au ministre de la Défense. Pour les experts onusiens, les enlèvements poursuivent un double objectif pour les jihadistes, financer leurs opérations tout en sapant la confiance des populations dans la capacité de l'État à les protéger. Une stratégie que confirme l'offre, formulée en juin par le groupe, d'une récompense de plusieurs millions d'euros pour toute information permettant de localiser le président malien.