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Navi Pillay, l’avocate que l’apartheid voulait garder hors des tribunaux
Refusée par les cabinets blancs, interdite de bibliothèques juridiques et du cabinet des juges, elle avait ouvert en 1967 son propre cabinet, le premier tenu par une avocate non blanche au Natal
 

(AfriquesPlus) - Aucun cabinet blanc ne voulait d’elle. Selon Monica Mark, qui lui consacre un portrait dans le Financial Times du 9 octobre, la jeune avocate Navanethem « Navi » Pillay se voyait opposer le même refus. Aucune secrétaire blanche, lui disait-on, ne prendrait d’instructions d’une femme non blanche. La semaine dernière, à 85 ans, elle a reçu le prix Nobel de la paix.

Née en 1941 dans une famille tamoule de Clairwood, l’un des grands quartiers populaires de la communauté d’origine indienne de Durban, elle est l’une des huit enfants d’un chauffeur de bus et d’une mère à qui l’apartheid avait refusé l’éducation. Face à un système conçu pour écarter les juristes non blancs et les femmes, elle a tracé sa propre voie, écrit la journaliste, par pure ténacité et grâce au soutien de sa communauté.

En 1967, elle a ouvert son propre cabinet, la première avocate non blanche à le faire dans la province du Natal. Les règles de l’apartheid lui interdisaient pourtant d’entrer dans le cabinet des juges ou d’utiliser les bibliothèques juridiques réservées aux Blancs. « L’apartheid nous a tout appris : ce que c’est que d’être traité comme une personne de seconde zone, déshumanisée, torturée, détenue et privée de droits », a-t-elle confié à la presse sud-africaine en 2011.

Cette expérience l’a menée à défendre des militants anti-apartheid et des prisonniers politiques. En 1973, elle a obtenu une décision de principe accordant aux détenus de Robben Island, dont Nelson Mandela, le droit d’avoir des avocats et des livres de droit.

Nommée en 1995 au Tribunal pénal international pour le Rwanda après le génocide de 1994, elle en a assuré la présidence. Elle a coécrit le jugement de 1998 contre Jean-Paul Akayesu, qui a reconnu que le viol et les violences sexuelles constituent des actes de génocide en droit international. Seule femme du banc pendant les quatre premières années, elle a évoqué un travail souvent éprouvant : « Parfois, je pleurais tout simplement », a-t-elle déclaré en 2021 au Mail & Guardian. Elle a ensuite siégé à la Cour pénale internationale puis été haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme de 2008 à 2014.

Le jour où elle a appris sa victoire, elle s’exprimait depuis la salle 600 du tribunal de Nuremberg. Elle y a dénoncé les efforts pour « affaiblir la justice pénale internationale », qui, selon elle, « risquent de nous ramener à un monde où le pouvoir, plutôt que le droit, détermine quelles souffrances comptent ». Le comité Nobel norvégien l’a décrite comme « l’une des grandes défenseures des principes juridiques internationaux de notre temps ».

Adila Hassim, qui a fait partie de l’équipe juridique sud-africaine devant la Cour internationale de justice en 2024, voit en elle un modèle depuis ses études de droit sous l’apartheid. Navi Pillay a aidé les jeunes femmes noires et indiennes d’Afrique du Sud à « imaginer notre place dans une profession qui nous avait longtemps exclues », dit-elle.

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